Roumanie/Élections : l’Union européenne hantée par l’ombre de la Russie

En Roumanie, les 18 millions d’électeurs étaient convoqués pour élire leur président de la République, le 24 novembre 2024. Les résultats provisoires ont crédité de 22,59 % le candidat indépendant et jugé pro-russe, Calin Georgescu. La cour constitutionnelle ordonne le recomptage des voix. L’Union européenne soutient cette décision dans l’espoir de contrecarrer la Russie.

L’échéance consistait à élire le 5e président de la Roumanie post-communiste. Les sondages et les premiers dépouillements donnaient jusque là gagnant, le Premier ministre sortant du parti social-démocrate (PSD) et pro-européen, Marcel Ciolacu (19, 14 %). La victoire provisoire du candidat indépendant est une surprise pour l’opinion et l’Union européenne. Le Premier ministre sortant a admis sa défaite, annonçant se concentrer sur les élections législatives qui se sont déroulées le 1er décembre 2024.

Cependant, dans un communiqué, la présidence de la République a tenu un Conseil national de la défense d’urgence pour relever l’immixtion de la plateforme chinoise Tik Tok dans l’issue des résultats de l’élection. Le communiqué du Conseil a relevé le fait que le candidat indépendant Calin Georgescu, du fait de ses positions anti-européennes et anti-OTAN, a bénéficié d’une exposition préférentielle sur le réseau social chinois, relayée par les robots russes. Le Conseil constitutionnel, saisi, a ordonné le recomptage des voix. Il doit rendre son verdict aujourd’hui. Moscou a aussitôt réagi à ces allégations de ne pas reconnaitre un certain candidat « pro-russe » en Roumanie.

L’Union européenne, dans le besoin de resserrer ses rangs après les positions nationalistes de la Slovaquie et de la Hongrie, appuie cette initiative. En réalité, cet agronome et vétérinaire de 62 ans a surfé la vague de mécontentement des Roumains par rapport à l’inflation et à la politique menée depuis quelques années par les dirigeants pro-européens. Il est contre le soutien de la Roumanie à Kiev, alignée sur la position de l’Union européenne dont elle est membre. « Nous devrions être observateurs (de ce conflit). Nous ne devrions pas être impliqués, ce n’est pas notre affaire », avait-il assuré. Avant d’ajouter après la proclamation provisoire des résultats : « Ce soir, le peuple roumain a crié pour la paix. Et il a crié très fort, extrêmement fort. »

Le retour du nationalisme

Le deuxième tour de l’élection aura lieu le 8 décembre prochain et opposera Calin Georgescu à Elena Lasconi, présidente de l’Union Sauvez la Roumanie, arrivée en troisième position avec 18,84 %. Les partis traditionnels comme le Parti national libéral, le Parti démocratique, le Parti social-démocrate et le Parti conservateur ont longtemps dominé la scène politique. Le score combiné des nationalistes s’élève à 36,54 % en prenant en compte le résultat du candidat du parti AUR (Alliance pour l’unité des Roumains), George Simion, qui cumule 13,94 % des voix. Une éventuelle union des droites peut porter à la tête de la Roumanie un homme de l’extrême droite.

Le ralliement de George Simion sera un atout considérable pour Calin Georgescu. C’est ce que craint l’Union européenne qui risque de se voir opposer de nouveaux choix stratégiques de la Roumanie sur les questions internationales, en particulier le soutien à l’Ukraine. La Roumanie et la Bulgarie constituent également les lignes frontalières de l’Union européenne avec la mer Noire, où transitent l’essentiel des approvisionnements énergétiques en provenance de la Russie, du Caucase et de la Turquie. Un exécutif nationaliste réduirait son positionnement stratégique. Au contraire, ce sera une victoire pour la Russie, pour qui les positions nationalistes de l’extrême droite seront favorables, même si celle-ci n’affiche pas encore une proximité affirmée avec elle, contrairement à la Hongrie.

La Russie qui a opéré son retour dans le bassin de la mer Noire depuis 2014 avec l’annexion de la Crimée marquera davantage son emprise. La percée de l’extrême droite en Roumanie n’est que la suite d’une vague de déferlement sur l’Europe, de l’idéologie souverainiste, protectionniste et contre l’immigration.

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