Dans un espace de moins d’un mois, une scène nouvelle prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Des accusations publiques portées contre des personnalités et d’autres actions inciviques sont devenues vont crescendo. Le seul raccourci que trouvent les acteurs de ces actes est la présentation des excuses.
Le 2 février 2025, l’artiste Klako a simulé une agression pour attirer l’attention des autorités. La scène avait aussi retenu l’attention des médias qui en ont largement fait l’écho. Tout cela dans un contexte d’insécurité grandissante dans la ville de N’Djaména. Le 10 février 2025, soit huit ans après, elle avait adressé « une lettre d’excuses adressée au service de sécurité publique du 7ᵉ arrondissement. Elle a reconnu que l’incident était une mise en scène », selon la police nationale. L’affaire semble classée dans l’histoire.
Le 16 février 2025, la tiktokeuse Miss Simiane, dans un live sur Tiktok, avait accusé la ministre de la Femme et de la Protection de la Petite enfance, Amina Priscille Longoh, d’avoir « volé son idée de projet ». Elle a expliqué qu’elle est dépositaire du projet d’insertion des travailleuses de sexe mis en exécution par le ministère de la Femme. « Lors d’un échange, j’ai partagé mes idées avec Amina Priscille Longoh et elle m’a proposé de les acheter, mais j’ai refusé. Elle a insisté à plusieurs reprises à travers son cabinet, sans succès », a-t-elle expliqué. Le 19 février 2025, elle avait présenté ses excuses à la ministre en décidant de « retirer ses excuses après mûre réflexion ». Ni la ministre mise en cause ni les services du ministère n’ont réagi suite à son mea culpa.
Le comble, ce sont les injures publiques portées par le député Amollah Toua Robert Golbey contre le ministre de l’Eau et de l’Energie, Passalé Kanabé Marcelin, tacitement cité. Après l’avoir traité de « bandit », le député avait estimé la tournée d’inspection du ministre de l’Eau dans la province de la Tandjilé de « publicité ». « Tu viens dans mon département de la Tandjilé Ouest /kelo pour un projet sans moi, l’honorable député dignement élu Amollah Toua Robert Golbey, président du parti Merci tu es un bandit ou vendeur de rêve sans fondement », peut-on encore lire sur sa page Facebook. Un acte d’une gravité énormissime posé par un élu du peuple, censé être le garant de la loi.
Le député Amollah Toua Robert Golbey a, lui aussi, demandé des excuses au ministre Passalé Kanabé Marcelin. « Je tiens à m’excuser sincèrement pour toute confusion que cela a pu engendrer(…) Le ministre Passalé Kanabé Marcelin est un homme de valeur, engagé pour le développement de notre pays, et je lui porte une grande estime ». a-t-il écrit.
Pourtant, l’évidence, c’est que l’ampleur de ces accusations porte plus que les excuses. Elles sont généralement portées dans le seul but de nuire à la réputation des personnalités publiques. En droit, l’artiste Klako, la tiktokeuse Miss Simian et le député Amollah doivent être poursuivis devant la justice puisque les actes qu’ils ont posés ne sont plus ni moins qu’un délit.
En droit pénal, les excuses sont des circonstances matérielles qui diminuent la gravité d’une infraction, sans pour autant la supprimer, à en croire l’article 76 du Code pénal. Ce sont des faits susceptibles d’atténuer la gravité d’une infraction, laissés à l’appréciation du juge. Et, dans le cadre des excuses absolutoires reconnues par le droit pénal et qui peuvent dispenser l’auteur de toute condamnation, elles ont lieu devant la juridiction et ne sont pas substituées à une affaire de famille, de parents, d’amis ou de copines.
Par respect pour la justice et pour l’intelligence des Tchadiens, le procureur de la République ne saurait se taire. Car les accusations et injures portées contre les fonctionnaires publics dans l’exercice de leurs fonctions et contre un corps de police sont d’une frivolité absurde.

