Il ne date seulement d’aujourd’hui que Succès Masra mange dans les assiettes du MPS, en tout cas à sa façon. Le Président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, depuis sa prise du pouvoir, n’a jamais cessé de réitérer sa main tendue à qui voudrait bien la saisir. Une politique basée essentiellement sur l’inclusion et le désir d’un Tchad développé par tous pour tous. En 2022, alors que les forces vives de la nation, en chœur, unies, ont décidé de participer au dialogue national inclusif et souverain (DNIS), seul le parti Les Transformateurs que dirige Succès Masra n’avait trouvé́ mieux que de piquer le drapeau de la contestation et du boycott. Qu’a-t-il apporté dans la marche vers la refondation du Tchad ? Des cœurs brisés et des âmes sauvagement arrachées. Des drames évitables à une seule condition : que la sagesse politique prévalle. Le reste du récit se dissout dans les accords de Kinshasa et de coulisse.
Le président du parti Les Transformateurs décide, de gré ou de contrainte, d’accepter la main tendue du président de la République au lendemain de la proclamation des résultats des élections législatives et locales qu’il a boycottées tambour battant. « Les résultats de ces élections sont déjà fabriqués dans les ordinateurs », avait-il clamé sous les ovations de ses militants lors de la clôture des agoras du parti. Avait-il tout simplement menti à ses militants et au peuple tchadien ? Surtout, il avait par ses déclarations sans preuves porté atteinte à la crédibilité des organes en charge des élections. Des actes. Inutile d’épiloguer longtemps sur ces agitations. Va-t-il devenir définitivement un » accompagnateur habile ».
Que bénéficierait-il ?
Le parti Les Transformateurs n’a finalement aucun conseiller municipal, provincial et aucun député. Politiquement, il aura cinq bonnes années de retraite politique et donc d’affirmation. Car les seuls moyens qui lui restaient, à savoir l’intransigeance face aux élections contestées, sont déjà volés en éclats, le narcissisme de son leader aidant.
Les Transformateurs ont les yeux orientés vers les 30 % de place réservés au président de la République au Sénat. Le même film du Conseil national de transition avec trois représentants est encore au studio. Le parti Pourtant, tous les courtisans presqu’au garage du MPS et les ex-politicomilitaires non candidats se battent aussi pour ce même quota. Visiblement, Succès Masra et son cercle n’auront pas une grande marge de manœuvre. Ils vont accompagner sans impact réel le MPS durant son mandat au plus grand bonheur des quelques hauts placés du parti de l’ancien premier ministre, qui affirment à qui veut l’entendre qu’ils préfèrent faire carrière dans la politique. Une déclaration plein de zone d’ombres.
Un parti politique non représenté dans les instances de décision ne peut pas peser sur la scène politique. La main tendue saisie servira tout simplement les intérêts personnels de Les Transformateurs. Elle sapera surtout l’engagement de certains militants désintéressés par d’autres substances que le désir du changement. Ceux-ci n’auront plus d’autres choix que de quitter le navire ou de lancer leur propre formation politique. C’est une pratique courante. L’UNDR de Saleh Kebzabo l’avait connue, le PLD d’Ibni Mahamat Saleh l’a vécu, et la liste est longue. La défenestration est d’abord politique avant d’être même mécanique. C’est pendant ces moments de descente aux enfers que Succès Masra prendra conscience de ses égarements politiques et se corrigera. Car en politique, l’on ne se suffit jamais assez. Il faut »écouter » et encore »écouter ».
Ainsi, l’avenir politique des Transformateurs dépendra largement de leur capacité à naviguer dans cet environnement emmêlé puisqu’ils n’ont vraisemblablement rien appris des pièges du passé. Reste à savoir si les tentatives de convaincre ou de vaincre les représentants des « Etats majors du parti » porteront fruits.

