Coordinateur des activités au Centre d’études et de recherches chrétiennes (CERC) de Brazzaville et enseignant au grand séminaire Mgr Georges Singha de Brazzaville en ce vendredi 18 avril 2025.
Si l’expression « vendredi saint » sonne habituellement comme la ritournelle liturgique de la Passion du Christ dans le christianisme, sa sécularisation philosophique trouve son expression de prédilection dans l’idéalisme absolu de Hegel. En effet, dans Foi et Savoir (1802), le philosophe allemand consacre scripturairement ce qu’il appelle le « vendredi saint spéculatif ». Par l’expression « vendredi saint » de la raison, Hegel veut désigner le dolorisme ontologique à la sanction duquel est soumise la raison dans son pèlerinage historique.
Parce que la raison est « la rose dans la croix de la souffrance présente » (cf. Principes de la philosophie du droit, p. 40), Hegel mobilise sa charge critique pour intelligibiliser les épreuves, les contradictions et les négativités dont l’histoire humaine est le théâtre du déploiement.
Parler du vendredi saint de la raison, c’est comprendre que le syllogisme de l’esprit ne peut arriver à la résurrection du concept sans passer par l’agonie. Puisque le Gethsémani est consubstantiel à la raison, elle doit supporter son Golgotha comme l’opération inévitable de la dialectique de l’esprit. Chevalier de la dialectique qu’il est, le philosophe allemand appelle la raison à comparaître devant le tribunal de la croix sur le mode de pathos et de thanatos.
Si l’hégélianisme est la forme radicalisée et sécularisée du christianisme, c’est justement parce que « le tragique de la croix du Christ est emblématique pour la spéculation hégélienne, qui se fonde sur elle très explicitement, et sans aucune hésitation ». Mais la philosophie, en s’appropriant le vendredi saint qui devient ainsi « vendredi saint spéculatif », ne s’établit pas dans la déploration ; elle ne joue pas le rôle du chœur antique, comme dans la tragédie d’Eschyle ; elle comprend tout le tragique en comprenant le sacrifice du Christ sur la croix, mais c’est pour que « le concept ressuscite dans la sérénité suprême de la liberté ». Ainsi, la philosophie sait voir la rose dans la croix, car elle sait dégager l’élément rationnel qui est la liberté absolue (Présentation de Jean-Louis Vieillard-Baron aux Principes de la philosophie du droit, p. 17).
L’opérationnalité de cette approche hégélienne est telle que la raison ne peut survivre à son procès d’objectivation à travers les « figures d’un monde » sans passer par l’expérience de la croix. La réconciliation de l’universel et du particulier qui débouche sur le dimanche du concept ne peut s’opérer sans le vendredi saint. La divinité du concept qui se donne en se refusant ou se décèle en se celant dans le vendredrisme existentiel est la preuve empirique de l’histoire humaine qui s’écrit en marqueur pathologique. Le dimanche de la vie n’est possible que dans l’esprit absolu.
Par Méditation philosophique sur le vendredi saint de Ramadan Djagué, Jésuite

