La politique française balbutie. Démettre un gouvernement est devenu presque un jeu facile au point de banaliser la vieille démocratie. Après avoir mis en quarantaine parlementaire puis débooté complètement le gouvernement de Michel Barnier, c’est le tour de Bayrou de passer à la barre le mercredi prochain. Il a lui-même déclenché une motion de confiance autour de son plan budgétaire drastique (coups dans les dépenses pour réduire le déficit) qui inclut notamment la suppression de deux jours fériés et une hausse des taxes pour les retraités.
À la différence de Barnier, déchu à cause de la contestation de légitimité institutionnelle et d’orientations socio-économiques jugées trop sévères, les motifs de sanction contre Bayrou sont centrés sur un problème d’éthique personnelle et une politique impopulaire. Et dans ce sport, le Rassemblement national est vent debout.
Devant un parterre de ses militants ce dimanche 7 septembre, en prélude à la rentrée parlementaire, la présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen, 57 ans, a donné le ton à la décision de sanction à laquelle sa formation politique pourrait être associée le mercredi. « Cette rentrée, je l’aborde avec une particulière gravité à la mesure de la crise politique actuelle », a-t-elle déclaré. Marine Le Pen se prémunira d’offrir à ses partisans ce « spectacle pathétique » des partisans d’Emmanuel Macron et leurs alliés. Elle critique vertement le régime de Macron d’avoir foulé au pied depuis 2017 la démocratie française. Elle l’accuse d’être la cause de la gabegie qu’il prétend y mettre en terme.
Entre austérité budgétaire et crise de confiance, Bayrou face à l’épreuve décisive
Marine Le Pen n’a pas perdu de vue les simulacres législatifs de juillet 2024 à l’issue desquels le RN a subi les affres du barrage électoral. » La France est dans un état d’asphyxie démocratique à un point que nous n’avons jamais connu sous la Ve République « , critique Le Pen. Les crises actuelles en France ont été « créées et alimentées par Emmanuel Macron et par tous ceux qui l’ont servi depuis 8 ans », de poursuivre Marine, apparemment frustrée. Elle qualifie son adversaire d’un président « infantile et en mal d’attention et de reconnaissance ».
Pour la présidente du groupe RN, Macron, Bayrou et Retaillot sont animés d’une seule envie, celle de conduire la France vers un abîme et un effacement. Elle appelle à mettre un terme à ce régime qui a classé la France, autrefois 7ᵉ puissance mondiale, au bord des classements internationaux en matière économique, industrielle, agricole, éducative ou technologique. « Aucun d’entre nous n’acceptera de jouer le rôle de figurant d’un petit théâtre parlementaire. » réaffirme Marine Le Pen.
Au Premier ministre Bayrou, Marine Le Pen affirme que l’Assemblée nationale lui accorde peu de crédit, comme le peuple français lui-même. « Bayrou a commis la même erreur que Barnier. Il a cru que nous ne prendrions pas le risque de dissolution, sachant qu’en raison de la scandaleuse décision me frappant d’inéligibilité avec exécution provisoire, je ne pourrai peut-être pas me représenter », a insinué Le Pen. Elle saisit cette occasion pour vanter les valeurs du RN basées sur l’intérêt des Français en première ligne de sa politique. « Nous ne sacrifierons jamais notre peuple à notre confort personnel. » « Je suis prêt à sacrifier tous les mandats de la terre pour vous empêcher de massacrer les Français, vos politiques absurdes et vos pseudos économies absurdes et toxiques », a-t-elle martelé.
En mars 2025, Marine Le Pen est reconnue coupable de détournement de fonds publics par le tribunal de Paris dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires du Front national au Parlement européen. Condamnée en première instance à quatre ans de prison dont deux ferme, ainsi qu’à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, elle décide de faire appel de la décision, ce qui lui permet de conserver son mandat de députée.

