Derrière un titre imperceptible se cachent des réalités caustiques assumées par le narrateur de roman d’un rare courage intellectuel. Dans ce récit de 145 pages construit en trois parties, l’auteur, Evariste Miarim Dillah, a voulu faire promener ses lecteurs tout le long d’un pays imaginaire Dar – Sao. A l’occasion du Mois du Livre et de la Lecture qui s’achève, notre rédaction vous propose une note de lecture.
Des tragédies sociopolitiques, des dirigeants contemporains, des personnages réduits au même : le mélodrame. ‘’Viva, la cité des infects’’ est, pour reprendre le roman français Stendhal, « le miroir que l’on promène tout le long de la route » de Dar – Sao. Cette œuvre, au-delà de l’imaginaire littéraire qu’elle dégage, est le témoin fidèle de la trajectoire politique de nombreux Etats africains qui peinent, plus de 60 ans après leurs indépendances, à trouver un mode de gouvernance susceptible de favoriser le bien-être à ses citoyens.
La vie des personnages caractérisés par de douloureux événements est le reflet du quotidien du peuple tchadien qui continue à lutter contre le mal vivre. Ce roman est la version écrite et détaillée du morceau du célèbre artiste tchadien qui a chanté « enfants du Tchad qui a trop souffert, peuple martyr qui vit dans l’enfer ».
Viva, la capitale de Dar – Sao est marquée par le rythme d’une ville malheureuse, où même vivre est déjà une prouesse. Tout le monde est victime de quelque chose, et le narrateur a cette magie de faire coaliser les malheurs au point que chaque micro récit donne l’occasion d’assister une obscénité ou, tout au moins, à une mésaventure cauchemardesque.
C’est un livre qui questionne, à travers l’intrigue de bout en bout, rythmées par des souvenirs et la mémoire, l’existence pénible et inutile d’un peuple. « Un témoignage poignant sur notre parcours politique, jalonné de crises et de sang. Un grand livre sur le temps – notre temps –, un temps figé, toujours bloqué à midi », reconnaît le préfacier, Sosthène Mbernodji.
La particularité de ce roman reste son caractère éminemment politique. On y assiste au jugement dernier entre les dirigeants successifs de Dar – Sao qui s’accusent mutuellement. Ce jugement incroyable s’est déroulé dans un film projeté au Burkina Faso.
Lire ce roman, c’est se nourrir des souvenirs lointains et récents de notre existence en tant que peuple et se projeter dans un avenir que le romancier prophétise heureux.

