Les rumeurs sur un projet de rébellion impliquant certaines personnalités tchadiennes ont suscité de nombreuses réactions dans l’opinion publique. Au-delà de la polémique, cette information invite surtout à une réflexion de fond : quel avenir voulons-nous pour le Tchad et pour sa jeunesse ? L’histoire de notre pays montre clairement que la prise du pouvoir par les armes n’a jamais été une solution durable, mais plutôt une source de souffrances, d’instabilité et de retard pour toute la nation.
Le Tchad porte encore les cicatrices de plusieurs décennies de conflits politico-militaires. Depuis les années d’indépendance, les luttes armées pour le pouvoir ont profondément marqué la société tchadienne. La lutte des factions armées pour le pouvoir, rien qu’entre 1979 et 1982 a fait plus de de 15 000 000 morts. Autant de bras valides détruits. En parallèle, destructions d’infrastructures, déplacements de populations affaiblissement de manière continuelle les institutions. Le bilan global estimé des conflits au Tchad (1965-2020) est estimé entre 70 000 et plus de 100 000 morts. Des millions de déplacés et un impact durable sur la stabilité politique et économique. Chaque période de guerre a ralenti le développement du pays et compromis l’avenir de plusieurs générations. Des écoles ont été fermées, des activités économiques ont été paralysées et des familles entières ont été plongées dans la précarité. La jeunesse tchadienne, qui devrait être la force motrice du développement national, a souvent été la première victime de ces cycles de violence. Il est donc essentiel que les nouvelles générations se souviennent de cette réalité historique. La guerre n’est jamais un raccourci vers le progrès ; elle est au contraire un long détour fait de sacrifices et de pertes
La stabilité, condition essentielle du développement
Aucun pays ne peut espérer se développer durablement dans un climat d’insécurité. L’expérience mondiale démontre que la paix et la stabilité constituent les fondations indispensables à la croissance économique, à l’investissement et à l’amélioration des conditions de vie des populations. Pour le Tchad, il est essentiel de préserver l’ordre constitutionnel issu des élections générales qui a vu l’élection du Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, Président de la République. Car, les défis de développement sont nombreux : éducation, santé, infrastructures, emploi des jeunes, diversification économique. Ces objectifs exigent du temps, de la stabilité et la mobilisation collective de toutes les énergies nationales. C’est ce que traduisent l’élaboration et l’adoption par le gouvernement actuel du Plan National de Développement Tchad connexion 2030. Lorsque les armes parlent, les priorités changent : les ressources sont orientées vers la guerre, les investisseurs se retirent et les projets de développement sont suspendus. En d’autres termes, chaque conflit armé fait reculer le pays de plusieurs années, voire de plusieurs décennies.
Les jeunes qui constituent la majeure partie de la population et qui aspirent légitimement à des opportunités et à un avenir meilleur, doivent comprendre que ces aspirations ne peuvent se réaliser que dans un cadre de paix et de stabilité.
Pays stratégique au cœur de l’Afrique
En plus, le Tchad occupe une position géostratégique majeure au cœur de l’Afrique. Situé au carrefour du Sahel, de l’Afrique centrale et du bassin du lac Tchad, le pays joue un rôle important dans la stabilité régionale et dans la lutte contre les menaces sécuritaires. Toute déstabilisation interne pourrait avoir des répercussions bien au-delà de nos frontières. Une nouvelle rébellion risquerait non seulement d’affaiblir l’État tchadien, mais aussi d’alimenter les tensions dans une région déjà confrontée à de nombreux défis sécuritaires. Dans un contexte international marqué par la fragilité de plusieurs États voisins à savoir la Libye, le Soudan, le Niger et le Nigéria, et par la présence de groupes armés dans certaines zones du Sahel, l’embrasement du Tchad pourrait provoquer un effet domino aux conséquences imprévisibles. La paix au Tchad n’est donc pas seulement une question nationale ; elle constitue également un enjeu régional majeur.
La voie du dialogue et des institutions
Les sociétés modernes disposent aujourd’hui de mécanismes politiques et institutionnels permettant de résoudre les différends sans recourir à la violence. Le débat démocratique, les institutions et la concertation restent les meilleurs moyens de construire ensemble un Tchad prospère. L’interpellation du Premier Ministre, l’Ambassadeur Allah Maye Halina avec questions et débat oral sur la cohésion sociale est un exemple de gestion d’une nation. Aucune question n’a été un tabou pour les Sénateurs. Leur proposition pour la libération des prisonniers politiques, la création d’un Ministère de la Réconciliation sont autant de possibilités offertes aux Tchadiens pour ne pas se laisser tenter par la guerre.
R. Le Pacifique

