Qui parle finalement au nom du peuple tchadien ?

Depuis quelques semaines, une race de députés multiplie des sorties dans les réseaux sociaux. Lesquelles sont reprises systématiquement dans les médias, chacun selon son angle.

Ces « élus du peuple » font deux à trois publications par jour sur des sujets généralement creux et politiquement improductifs pour les citoyens tchadiens. Dans la profondeur de leur prestation, il ressort simplement des bruits de salle de classe sans maître. Ils abordent des sujets n’ayant aucun rapport avec la vie publique, encore moins avec les problèmes que vivent les citoyens et donc leurs propres électeurs. Une déconnexion piteuse et gémissante entre ces parlementaires et ce sur quoi ils ont tenté de convaincre l’électorat.

Pourtant, en pleine période des vacances parlementaires, ils sont censés être dans leurs circonscriptions respectives afin de s’enquérir des situations parfois angoissantes que vivent leurs bases, si bien qu’ils ont un mandat national. Ce moment leur est spécialement dédié pour documenter les doléances des populations dans le but de faire du plaidoyer à la prochaine session, mais aussi d’agir sur des problèmes susceptibles d’être résolus à leur niveau. Les jeunes manquent d’emplois, les femmes n’ont plus accès à la terre dans le monde rural, la population manque d’eau potable et d’électricité, de soins de santé adéquats, autant de sujets pertinents qui méritent d’être examinés avec minutie et finesse.

Ces sorties, qui sustentent quotidiennement les débats, témoignent de la dégringolade inquiétante du niveau de débat d’idées et de la formation de l’opinion publique. L’espace des discussions est pris dangereusement par ces « crieurs de la rue » pour enfumer et écraser ce qui devrait être utile pour le Tchad : l’intérêt général, socle de la gouvernance de la cité.

Pendant que ces députés organisent leur chapiteau, les vrais débatteurs des plateaux de télévision africains, panafricanisme dans le sang, décortiquent la décision du gouvernement de la République du Tchad de dire « oust » à la CPI devenue inefficace. Ils louent cette décision souveraine du Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno pendant que les Tchadiens s’emballent dans les « débats de cabarets ».

Qui parle finalement au nom du peuple tchadien ? Pourquoi le Parlement existe ? Nous sommes sans ignorer qu’un député a pour mission le vote des lois, le contrôle de l’action gouvernementale et la représentation des citoyens. Cette mission se passe via les sessions parlementaires à l’Assemblée nationale et non à travers les réseaux sociaux. Est-ce que ce genre de parlementaires que le peuple a besoin pour une démocratie plus animée et plus inclusive, telle que prônée par le Président de la République ? Autant de questions.

La Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!