Le Premier ministre, Allah Maye Halina, a reçu ce 11 février 2025 une délégation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), conduite par son secrétaire exécutif, Wamkele Mene.
Signé le 30 mai 2019, l’accord de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) devait révolutionner le commerce en Afrique, en créant un marché unifié de 1,3 milliard d’habitants et en générant 450 milliards de dollars de revenus supplémentaires d’ici 2035. Le Tchad l’a fait en 2018 et s’était depuis inscrit dans la dynamique d’un marché continental unique, qui reste jusqu’alors un leurre, d’autant plus que le secteur du commerce au Tchad a été longtemps relégué aux calendes grecques.
Créer un marché unique, c’est mieux. Mais avec quelle production ? La valorisation du commerce intercontinental sous le régime tel que voulu par la philosophie constitutive de la ZLECAF ne saurait réussir sans une politique de production cohérente. Sans produits, point de commerce. Pourtant, les investissements dans l’agriculture et d’autres secteurs potentiels du commerce sont extrêmement faibles au Tchad. L’agriculture est toujours pratiquée de manière artisanale et demeure une agriculture non commerciale.
L’idée que la libéralisation et la suppression des tarifs douaniers vont automatiquement augmenter le commerce est erronée. Il faut d’abord surmonter les défis liés à la production pour réellement faciliter les échanges. On a vu que, malgré les exonérations fiscales faites sur certains produits, la situation ne s’améliore guère.
Surmonter les défis logistiques
Un autre défi auquel le Tchad fait face dans cette politique commerciale est d’ordre structurel et logistique. Considérer le secteur du commerce comme un parent pauvre dans le processus de développement entrave la réorganisation du secteur au profit d’autres leviers économiques. Pourtant, il faut surmonter les obstacles liés aux infrastructures de transports, très indispensables dans cette nouvelle donne. Sans infrastructures adaptées, il est impossible de fluidifier les échanges. Lorsque des biens sont fabriqués, leur transport reste un défi majeur. Le Tchad, par contre, a un faible réseau de connexions intra africaines avec d’autres pays d’Afrique. Il ne dispose pas d’un port ni d’un chemin de fer. La seule voie qui reste encore exploitée est celle aérienne, avec seulement un seul aéroport international non certifié. Ceci crée un écart énorme avec les pays développés. Ainsi, le Tchad ne saurait ouvrir son marché à grande échelle au même niveau que le Nigeria, par exemple, dont l’économie pèse 700 milliards de dollars.
La ZLECAf reste une initiative ambitieuse qui pourrait transformer le commerce africain. Mais son succès dépendra de la capacité des États à relever ces défis structurels et à donner la priorité à l’intégration régionale. Sans infrastructures solides, une politique commerciale cohérente et un engagement ferme des gouvernements, la ZLECAf risque de rester une promesse inachevée plutôt qu’un moteur réel de croissance pour l’Afrique.

