L’UA s’endette pour discuter de la dette africaine au Togo

L’Union africaine souffre un peu plus longtemps des critiques parfois acerbes allant de son indépendance à son financement. Les défis auxquels elle est confrontée croissent au rythme des multiples problèmes d’un continent idéologiquement morcelé et géo stratégiquement balkanisé.

L’un des plus grands obstacles au développement en Afrique est la prolifération des conflits armés. Même si le nombre de conflits en 1999 et 2006, il y a eu, néanmoins, une résurgence des changements anticonstitutionnels des gouvernements et des coups d’État ainsi que des violences postélectorales, aggravant ainsi les défis de paix et de sécurité auxquels est confrontée l’UA. Viennent allonger le rang de ces crises profondes les menaces terroristes dans le Sahel, dans la corne de l’Afrique.

Ces guerres empêchent toutes les activités économiques, aggravent l’insécurité et la famine, entraînent l’inflation et bloquent les exportations. Les ressources, la plupart du temps, sont investies dans l’acquisition de matériels de guerre. Ainsi, le développement économique est ralenti ou annihilé selon l’ampleur des conflits.

De tous ces conflits à géométrie variable et multifactoriels, l’Union africaine n’a jamais pu sortir une recette magique pour y répondre efficacement. Le Conseil de paix et de sécurité ne s’occupe que de problèmes superficiels et partiellement. Pour lutter contre le terrorisme et notamment BOKO HARAM, l’idée de l’Union africaine de créer une force régionale contre cette faction terroriste opérant dans le bassin du lac Tchad a volé en éclats.

La dette comme symptôme : enjeux de gouvernance et de transparence

Pendant que ces crises menacent la stabilité de tout le continent, l’Union africaine tient du 12 au 14 mai 2025 à Lomé au Togo une première conférence sur la dette. Une simple diversion, car, sur le plan économique, l’UA ne peut poser aucun jalon d’apurement des dettes africaines. L’ironie cynique, c’est que cette conférence devra permettre aux différents États de partager leurs expériences en matière de gestion des dettes. Comme quoi des centaines de millions sont déployés pour organiser une conférence sur la dette.

Les États du continent peinent en outre toujours à obtenir des taux d’intérêts raisonnables. La majorité d’entre eux se retrouvent ainsi contraints de payer plus pour rembourser les intérêts de leur dette que pour assurer leurs services de santé. Sinon, pourquoi est-ce que l’A n’organise jamais une giga conférence sur les menaces terroristes au Burkina Faso où « plusieurs dizaines » de militaires et de civils ont été tués dimanche dans une nouvelle attaque jihadiste à Djibo, importante ville du nord du pays ?

« La dette est une conséquence d’une gestion budgétaire, donc il faudrait que la gestion budgétaire soit saine, soit rationnelle, soit raisonnable, qu’il y ait une maîtrise des déficits budgétaires, qu’au niveau des gouvernements on puisse favoriser le développement des recettes fiscales, qu’on puisse lutter contre la corruption, qu’on puisse renforcer la transparence, être innovants dans le financement d’un certain nombre de projets d’infrastructure », a déclaré Mohamed Boussaïd, ancien ministre de l’Économie et des Finances du Maroc. Et c’est ici le nœud même du débat. La problématique de la mauvaise gouvernance et de la corruption est entretenue par des régimes foncièrement pervers et odieux à la solde des puissances occidentales, pourtant bailleurs de l’Union africaine. Il faut comprendre par-là que la question de la dette en Afrique dépasse ses compétences.

En 2025, le ratio dette/PIB frôle 64 % selon les données officielles. La dette a atteint 1 860 milliards de dollars. Plus de 20 pays africains sont déjà en situation de surendettement ou à la veille de l’être, a averti Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).

Nathaniel MOUNONE

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