Le Tchad présente pour la seconde fois sa candidature à la présidence de la Banque Africaine de Développement (BAD). Après l’échec du cheval blanc, Bedoumra Kordjé en 2015, il envoie cette fois-ci le cheval noir, Abass Mahamat Tolli au peloton.
La candidature du Tchad à la tête de cette prestigieuse institution panafricaine subit à la dernière minute un véritable coup de détonation, car le Cameroun vient, lui aussi, de présenter un candidat. Pour ce faire, l’Afrique centrale à elle seule présentera deux candidats au lieu d’un comme en 2015. Les voix des pairs de la sous-région seront de facto divisées entre le Tchad et le Cameroun pour succéder au nigérian Akinwumi Adesina.
Albert Zeufack, un technicien
Le profil du candidat camerounais Albert Zeufack effarouche sérieusement ses adversaires. Économiste de formation, il a eu un brillant parcours à La Banque mondiale. Ce qui fait de lui un versé du circuit financier mondial. S’il a pu le plus, il pourrait encore le mieux le moins. Albert Zeufack a rejoint la Banque mondiale en 1997 en tant que chercheur au sein de la Division macroéconomie et croissance du département de la recherche. Il a ensuite occupé différents postes au sein des régions Asie de l’Est et Pacifique, ainsi que dans le Pôle mondial d’expertise en macroéconomie et finances publiques, où il s’est concentré sur l’Afrique, l’Europe et l’Asie centrale. Il est actuellement au poste de directeur pays de la Banque mondiale pour la République démocratique du Congo (RDC), l’Angola, le Burundi et Sao Tomé-et-Príncipe.
Le passé peut-il rattraper Abass Tolli
Le doublon de candidature de la zone CEMAC vient tout récemment d’occasionner l’échec de l’ancien ministre des infrastructures du Tchad, Adoum Younousmi, au poste de directeur de l’ASECNA devant le gabonais, Prosper ZO’O MINTO’O. Le système de gouvernance de Younous alors qu’il était aux affaires au Tchad n’est pas reluisant. Ce qui l’a rattrapé de sitôt, explique un journaliste tchadien.
Les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets ? En effet, la candidature de Abbas Mahamat Tolli suscite beaucoup de réactions qui ne le mettent pas en bonne posture. Sa candidature pourrait souffrir de prospérité. Selon certaines indiscrétions, le « candidat tchadien n’aurait pas bonne presse auprès des États membres de l’Union africaine ». Ces derniers lui reprocheraient des erreurs de gestion lors de son passage à la Beac, notamment « le tribalisme, le népotisme et le non-respect des procédures ayant conduit au scandale des recrutements à la Beac, en 2022 ». Le fait qu’un Tchadien soit président de la Commission de l’Union africaine depuis 2017 « pourrait également disqualifier la candidature de ce pays et faire perdre à la zone Cemac une opportunité rêvée de décrocher ce prestigieux poste », rapporte le journal Économie.info.
Aussi, la présence de Moussa Faki Mahamat, lui aussi Tchadien, à la tête de la Commission de l’Union africaine pourrait-elle jouer en défaveur de son compatriote, Abass Abbas Mahamat Tolli. Le Cameroun peut donc exploiter cette piste comme une solution alternative afin de sauver les intérêts de la CEMAC.
En 2015, le Tchad a perdu la présidence de la BAD à cause d’une voix manquante qui était celle du Cameroun. Akinwumi Adesina a remporté le vote avec 58,10 % des voix après six tours de scrutin. Il a ainsi devancé le Tchadien Bedoumra Kordje, deuxième avec 31,62 % des voix, et la candidate capverdienne (10,27 %). Ce qui remet en cause la solidarité prônée dans l’espace CEAAC.

