La Russie, expansionniste en Europe de l’Est

La Russie a une image de vierge aux yeux de plusieurs chefs d’État africains et des panafricanistes quand il s’agit d’évoquer la politique impérialiste. Et pour cause, son appui, à l’ère de l’Union soviétique, pour l’indépendance des peuples africains sous domination occidentale. L’évocation quasi mythique de ce rôle fait ombre aux velléités expansionnistes du pays de Vladimir Poutine, mises en œuvre ces dernières années dans certaines parties du monde.

Les puissances n’échappent pas au principe de la défense des intérêts nationaux. La Russie non plus. Si cette dernière a aidé les peuples africains et asiatiques à se libérer de l’impérialisme occidental, il s’agit avant tout de contenir l’influence occidentale. Lorsque les circonstances lui permettent, la Russie utilise les autodéterminations aux fins de sa politique étrangère. Elle n’est pas le « Grand libérateur sans intérêt ». Dans le viseur, l’Ukraine.

Le 21 février 2022, la Russie, après avoir aidé militairement les régions ukrainiennes de Donetsk et de Lougansk à s’autoproclamer, reconnaît leur indépendance et signe des accords de coopération avec elles. Face à la volonté d’association de l’Union avec l’Ukraine, la Russie a aussi annexé la Crimée en 2014. Elle s’est servie de ces zones conquises et de la Biélorussie pour lancer la guerre contre l’Ukraine.La reconnaissance par l’Ukraine des autres territoires occupés par la Russie serait l’une des conditions de la fin de la guerre. Poutine compte étendre son territoire contre les principes du droit international. L’arrivée de Donald Trump qui ne veut pas voir son pays continuer à perdre des dollars dans cette crise est favorable aux désirs du Kremlin.

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La Russie joue également les troubles dans l’unité territoriale de la Géorgie. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, deux régions du pays du Caucase, ont réussi leur sécession avec l’aide militaire du Kremlin. La Russie tire profit de ce changement politique pour installer ses bases militaires près de la mer Noire. Officiellement, c’est en réaction à la reconnaissance par les États-Unis et l’UE de l’indépendance du Kosovo. Se servir d’une situation diplomatique dans les Balkans pour étendre l’emprise sur le voisinage occidental est en réalité un prétexte pour mettre en œuvre la politique d’influence de “l’étranger proche”.

Cette politique consiste à ramener sous le giron russe les ex-Républiques soviétiques, séduites par les propositions d’adhésion à l’UE pour leur développement socio-économique et à l’OTAN pour leur sécurité. Si le Kosovo (séparé de la Serbie) est reconnu par une soixantaine des États membres de l’ONU, la Russie est seule, à quelque différence près, à reconnaitre ces États de l’Europe orientale. Le Nicaragua, le Venezuela et le Nauru vont emboiter son pas dans le cas de l’Ossétie du Sud.

Nourrie par sa nouvelle doctrine de politique étrangère, la Russie a actuellement la main mise sur la Transtrinitie contre la volonté de la Moldavie. Pour ses intérêts, elle a aidé l’Azerbaïdjan à ramener sous sa souveraineté la région du Haut Krabah, peuplée majoritairement d’Arméniens qui veulent leur indépendance. Contrairement aux idées de puissance anticoloniale désintéressée attribuées à la Russie en Afrique, l’Europe de l’Est est victime de sa politique expansionniste. L’Occident tout comme la Russie sont dans une logique de domination. Chaque camp cherchera à atteindre ses objectifs si les moyens le permettent. Les chefs d’État et de gouvernement ont intérêt à résister à la désillusion du partenariat désintéressé des grandes puissances.

Par Succès NGARPOLO

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