Les Transformateurs : entre résilience et oblivion

Le paysage politique tchadien quoi qu’on en dise a subi une véritablement révolution durant la période de transition politique instaurée soudainement par le décès du président Idriss Deby Itno en 2021 dont les circonstances ne sont pas jusque-là élucidées. Entre coalition, opposition radicale, compromis, arrangement et manœuvre politique, les partis politiques sortent de cette scène tous bouleversés.

Le parti Les Transformateurs que dirige l’ancien premier ministre, Dr Succès Masra, candidat malheureux à la présidentielle de mai 2024 a été, il va sans dire, au cœur de cette période tapageuse. Après avoir joué un rôle d’équilibre démocratique durant la transition, ce parti aura grossièrement contribué à la réussite ou à l’échec de cette transition. Son choix de boycotter les élections législatives et locales, du point de vue stratégique et tactique, aride et laisse planer des doutes sur sa pérennité. Les expériences ont démontré que le boycott au Tchad ne favorise qu’au régime MPS et ses alliés. Les vieux retraités politiques sont tous passés par là pour en fin de compte se retrouver entre les jambes du pouvoir. Succès Masra aurait pu se servir de ces leçons, sans négligence, afin de placer, tant bien que mal, ses militants dans les différentes instances de décisions et peser autrement. Car, avec la mise en place sans heurt d’une nouvelle Assemblée nationale et bientôt du Senat, tout se passera « sans eux », bien faux légalement

Renforcement du parti après une période d’essai

La première hypothèse envisage que Les Transformateurs puissent se reconstituer et émerger plus forts après cette phase d’essai. Durant les cinq années d’absence, le parti pourrait prendre tout le temps de réévaluer sa stratégie en s’engageant dans un dialogue constructif avec les citoyens, à l’effet de capitaliser sur le mécontentement populaire face à l’absence de résultats tangibles des autres partis.

Si les Transformateurs réussissent à s’ancrer davantage dans les préoccupations des Tchadiens, en proposant des solutions concrètes aux problèmes socio-économiques, cela pourrait renforcer leur base militante. Cela nécessitera une approche proactive dont la participation politique pourrait permettre à cette formation de regagner la confiance des électeurs qu’ils ont perdue à cause du boycott. A une seule autre condition que tout se passe sans la fourberie, le cabotinage, le mensonge, l’égo mais la loyauté et la sincérité.

Risque d’oubli et de perte de militants

À l’inverse, la seconde hypothèse soulève le risque que le parti soit relégué aux oubliettes du paysage politique tchadien durant les cinq années, car suivant l’esprit de l’accord de Kinshasa signé en 2023, ayant permis le retour de Dr Succès Masra et certaines têtes au pays avec le drame du 20 octobre 2022, il est fait mention de la non-organisation des activités de nature à troubler l’ordre public par le parti. Pourtant, le boycott des élections est déjà perçu comme un signe de faiblesse ou d’irréalisme par certains militants qui ont envie de se faire entendre. Par conséquent, ceci pourrait entrainer une désaffection parmi ses militants. Dans un contexte où les autres partis continuent d’opérer et de mobiliser leurs bases, il est possible que Les Transformateurs perdent une part significative de leurs soutiens au profit d’autres formations politiques. Si le parti ne parvient pas à se réinventer et à proposer une alternative crédible, il risque de se marginaliser davantage.

Ainsi, l’avenir politique des Transformateurs dépendra largement de leur capacité à naviguer dans cet environnement emmêlé. S’ils parviennent à tirer parti des opportunités qui se présentent tout en évitant les pièges du passé, ils pourraient non seulement survivre mais également prospérer dans les années à venir. À l’inverse, un manque d’adaptabilité pourrait sceller leur sort et les plonger dans l’oubli.

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