Tchad | Encore un forum qui accouchera de la souris

Le Forum international sur le développement des infrastructures au Tchad s’ouvre dans quelques heures ici, à N’Djaména. Le ministère des Infrastructures, maître d’ouvrage de ce rendez-vous au budget mirifique, a mobilisé des panels qui, sans exagération, ne produiront lamentablement que des présentations de PowerPoint aux réalités totalement contraires de ce dont ont besoin les routes, les ponts, les travaux publics, entre autres axes du Tchad. Un forum de plus et de trop sans retentissement socioéconomique.

Le développement des infrastructures commence par la valorisation de l’existant et la gestion salubre des projets en cours ou en vue. Pourtant, des pratiques ténébreuses dans la gestion des marchés publics en matière, par exemple, de construction de routes talochent ce secteur qui fait du beau temps aux uns.

Le chef de l’État, Mahamat Idriss Deby Itno, l’avait lui-même remarqué en décembre dernier lors de sa visite sur Djarmaya. Les fonds décaissés pour la construction des routes prennent d’autres directions. Les réalisations effectuées ne répondent à aucune exigence de qualité. Pour résoudre ce problème, on n’a pas forcément besoin d’organiser un forum budgétivore comme celui-ci dont les résultats ne serviront qu’à emballer les beignets dans les boutiques.

Le Tchad est un pays tridimensionnellement enclavé. Il n’a pas un port. Le seul aéroport international Hassan Djamous est menacé de fermeture par l’OACI faute de certification. Le sempiternel projet de construction de chemin de fer est resté tel un coup du père François malgré les manifestations des différents partenaires pour son financement. Ce sont des projets d’impact socioéconomique important. Et pour les faire aboutir, nul n’a besoin d’un forum. Ce sont des projets tellement ordinaires que les simples techniciens déployés suffisent pour leur aboutissement.

Les multiples problèmes des infrastructures tchadiennes reposent sur le clientélisme dans la gestion des projets, le népotisme dans les occupations des postes techniques dans ce département. Aujourd’hui, aucune enquête ne peut être diligentée sur le fonds d’entretien routier (FER) pourtant réputé pour sa gestion chaotique. Il est devenu une véritable caverne d’Ali Baba. Il en est de même pour le Bureau national de fret (BNF). Pourtant, ces instructions fantômes se préparent pour présenter des chiffres fabriqués et des projets inventés lors de ce forum.

Impulser une nouvelle dynamique

Le nouveau Tchad que veut construire le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno doit départir de ces folklores pour laisser la place aux actions concrètes, moins couteuses et à véritables impacts sur l’économie nationale et le vécu des citoyens. Beaucoup de fora ne fait pas souvent avancer une nation, à part le blanchiment d’argent qui en découle et l’octroi des marchés fantômes entre copains et copines ; cousins et cousines.

Le Tchad doit plutôt investir dans des infrastructures modernes et résilientes, combinées à une promotion active de l’innovation, pour transformer les économies locales. Et ce, sans forcément faire de bruit. Dans ce sens, il doit créer des opportunités économiques pour leurs citoyens tout en stimulant les investissements étrangers. Les infrastructures sanitaires et scolaires longtemps abandonnées entre les mains des associations villageoises dans les provinces doivent être mises sur agenda.

Le Tchad est le dernier du classement en matière de qualité des routes parmi 38 pays africains, selon l’index de 2020 de Global Economy, s’appuyant sur des données de 2019. Le score du Tchad (1,90 point) se dégrade d’années en années.

La Rédaction

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