Au village Awine Gassar, situé près d’Etena, province du Chari Baguirmi, à 17 km de N’Djaména, les arbres ne meurent plus. Les habitants ont cessé de croire qu’il existe encore des arbres secs. La démographie galope. La seule source d’énergie reste le bois dans presque tous les ménages. Faire du feu est devenu un casse-tête chinois.
Assises à l’ombre de sabotier, chez maman Omal Odette, bouteille d’alcool traditionnel communément appelé argui devant elles, trois femmes de ménage dégagent de l’émotion dans des témoignages accablants. « Les gens sont obligés de brûler consciencieusement les bois verts pour en faire du feu », s’accordent-elles. La décision du ministère de l’Environnement consistant à interdire la vente des charbons et des bois verts est accueillie au village Awine Gassar avec tristesse. « Avec cette décision, les agents des eaux et forêts vont nous envahir. Ils vont nous menacer et nous tabasser », s’inquiète Togoi Lucien, père de famille, jardinier.
La subvention de gaz butane brandie par le ministre de l’Environnement, Hassan Bakhit Djamous, retentit au village Awin Gassar comme une fiction poétique. « Moi, je suis une pauvre. Je n’ai pas un gaz butane. J’utilise les tiges de gombo ou de mil pour la cuisine et la préparation d’alcool », témoigne Omal Odette, la cinquantaine révolue.
Nasson, père de quatre enfants, dispose, lui, d’un gaz butane, mais peine à le recharger à cause de ses limites financières. « Il faut à chaque fois recharger le gaz de 2 250 à 2 500 F. C’est très difficile pour moi. Mais les ménages qui n’ont pas de gaz sont obligés d’utiliser le charbon de bois », se lamente -t-il. Les habitants sont parfois obligés de cueillir les noix de palmes sèches pour en faire du feu sous la menace des agents forestiers. « Et même la vente des charbons se fait en complicité avec ces agents forestiers. Avec cette interdiction, ils vont arracher les sacs de charbon pour revendre aux plus riches. Nous, les pauvres, même pour en avoir pour 100 F, ils vont nous menacer », déplore la voisine de Nasson sous le soleil ardent en train de chercher les tiges de gombo pour la cuisson.
« Nous sommes conscients qu’on ne peut pas détruire l’environnement. Mais le gouvernement doit penser à nous, en nous distribuant des gaz butane », plaide Togoi Lucien. Une suggestion partagée par Omal Odette.
La mise en œuvre de la décision du ministère de l’Environnement dans certaines parties du Tchad ne sera pas sans effets sur les populations locales. Les autorités doivent sensibiliser les agents forestiers à mieux expliquer les mesures aux paysans pour leur efficacité. Car la protection de l’environnement ne doit pas créer des crises sociales au sein des communautés.

