« La différence de prix du Starlink au Tchad et dans les autres pays en Afrique est de taille. » Haliki Choua Mahamat

Starlink, la filiale de services internet par satellite du groupe américain SpaceX, a lancé officiellement ses activités au Tchad le 3 juillet 2025. Cette entrée constitue une première dans la zone CEMAC, où le pays devient le tout premier à octroyer une autorisation formelle d’exploitation au fournisseur dirigé par Elon Musk. Selon les détails publiés sur le site de l’entreprise, les offres mensuelles disponibles au Tchad sont parmi les plus compétitives sur le continent. Elles se déclinent en deux formules. Un forfait mensuel de 250 Go à 18 000 francs CFA, et une option illimitée à 32 000 francs CFA (soit environ 52 USD), soit un tarif presque similaire à ceux pratiqués en République Démocratique du Congo, en Angola au Nigeri ou encore au Bénin. Grande Interview de Salam Info sur ce sujet avec le Directeur général de l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP), Haliki Choua Mahamat.

Salam Info : Le Tchad a été officiellement autorisé à utiliser, on va le dire ainsi, la connexion satellitaire Starlink. Monsieur le Directeur général, est-ce désormais une solution miraculeuse au sempiternel problème d’accès à un internet au Tchad ?

Haliki Choua Mahamat : Une solution miraculeuse, je ne saurais le dire. Toutefois, l’arrivée du Starlink au Tchad contribuera énormément à la bonne connectivité. Aujourd’hui, le Starlink est satellitaire, très fluide et moins cher. Son arrivée fera jouer la concurrence par rapport aux opérateurs que nous avons ici au Tchad. Dès lors que quelqu’un a les équipements nécessaires, il peut désormais se connecter légalement.

Salam Info : Les critiques parlent de la cherté du coût cher des équipements Starlink. Comment faire pour minimiser cette fracture ?

Haliki Choua Mahamat : D’abord, le Starlink n’est pas mobile. Les équipements de Starlink sont fixes. Nous avons fait un benchmarking dans les pays environnants. Aujourd’hui, nous avons pu négocier pour obtenir le prix le plus bas qui puisse exister. Le Starlink n’est pas cher par rapport à ce qui se dit dessus, encore moins par rapport à ce qui se trouve ailleurs en Afrique. La différence de prix du Starlink au Tchad et dans les autres pays en Afrique est de taille.

Salam Info : Un bémol, s’il y’en a, avec l’arrivée de starlink, c’est évidemment l’énergie. Et sur le plateau d’une télévision privée, le ministre des télécommunications avait déclaré « qu’il est impossible d’installer le starlink sans l’électricité ». Comment comptez-vous faire pour desservir par exemple les zones rurales, sans oublier que même la ville de N’Djaména n’est pas toute desservie en électricité ?

Haliki Choua Mahamat : D’abord, je ne suis pas là pour commenter les propos du ministre. L’énergie, ce n’est pas L’ARCEP qui la gère. Déjà, le gouvernement fait un travail titanesque dans ce sens. Le président de la République, le maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, donne toujours les instructions fermes pour une amélioration de l’électricité.

Ce n’est pas seulement Starlink qui a besoin de l’énergie. Tous les opérateurs ont besoin de l’énergie. Voyez dans les sites des opérateurs (Moov et Airtel), soit ils ont des groupes électrogènes, soit des panneaux solaires. Donc, nous avons besoin de l’énergie. Et ce pays a besoin de l’énergie. Les plus hautes autorités du pays sont en train de faire de leur mieux pour que le Tchad soit en termes d’énergie. Elles sont en train de se battre, et c’est un combat qu’elles sont en train de mener. Nous avons confiance aux autorités et nous y arriverons.

Salam Info : Un délai de deux semaines a été donné aux détenteurs des kits Starlink acheté à l’étranger afin qu’ils confirment aux normes de vos services. Constatez-vous l’afflux des consommateurs ?

Haliki Choua Mahamat : Nous ne sommes pas des commerciaux du Starlink. L’afflux, nous ne saurons le dire sur ce qui est sur la plateforme. Pour se connecter à Starlink, il faut passer par la voie électronique. Avant l’arrivée officielle du Starlink au Tchad, beaucoup de Tchadiens utilisent le Starlink de manière illégale. Pour ne pas les pénaliser, maintenant qu’il y a la plateforme via laquelle ils peuvent se connecter comme ils le font ailleurs. Nous leur avons donné un délai de deux semaines ; le temps que le mois finisse pour qu’au prochain mois, ils se connectent à partir du Tchad. Ceux qui refusent, par ce délai, des équipes vont sillonner et on va essayer de les traquer pour qu’ils rentrent dans la légalité.

Salam Info : Avez-vous au moins mis sur pied un mécanisme pour les accompagner dans ce sens ?

Haliki Choua Mahamat : C’est le rôle de la société Starlink elle-même. Comment elle va faire pour attirer sa clientèle, comment elle va demander aux autres de faciliter la connexion. Starlink est un fournisseur d’accès comme les autres. Elle est soumise aux principes. Et nous, en tant que régulateur, nous allons veiller et nous allons appliquer les textes en la matière.

Salam Info : Le Tchad est parfois habitué à couper la connexion internet pour des raisons sécuritaires en l’occurrence. Que va-t-il se passer avec le starlink ? Auriez-vous aussi la possibilité de l’interrompre au besoin ?

Permettez-moi de vous faire savoir que cette histoire de coupure d’internet par le gouvernement n’est pas fréquente. Il y en a eu combien de fois dans toute l’histoire du pays ? Il y a eu peut-être une ou deux fois. Ce sont des choses de courte durée si la sécurité de ce pays est menacée. Pour jouir de l’internet, il faut qu’il y ait la paix. Ce n’est pas propre aux Tchadiens, ni à notre gouvernement. Il se peut que, pour des raisons x ou y, ils puissent arriver à suspendre la connexion pour la sécurité. Cela peut arriver. Mais ce n’est pas un cas fréquent.

La coupure peut arriver à tout moment, on la sent. C’était le cas il y a deux ou trois jours. C’est beaucoup plus le cas du vandalisme constaté ailleurs. Maintenant, si à un moment donné, on ne le souhaite pas, s’il faudrait suspendre pour question de la paix, Starlink est soumis aux mêmes principes que les anciens opérateurs.

Interview réalisée par Nathaniel MOUNONE

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