La question n’est plus seulement technique, mais elle est structurelle, politique et économique. Tant que les charges fiscales asphyxieront le secteur et que l’État ne proposera pas un cadre incitatif, le réseau tchadien restera synonyme de coupures, d’appels interrompus et d’internet fantôme.
Appeler au Tchad est devenu un luxe, se connecter, un miracle. Depuis plusieurs années, le réseau téléphonique et internet au Tchad titube, sans signe d’amélioration à l’horizon. Et pour cause : selon les propos du ministre des Télécommunications, Dr Boukar Michel, tenus devant les députés le 26 septembre dernier, aucune solution immédiate n’est en vue.
Le constat amer et réel que le ministre Boukar Michel a dressé devant les élus locaux ; s’il sonne comme un aveu d’impuissance, révèle pour sûr l’éternité du désespoir. Le Tchad, explique-t-il, souffre d’une lourde fiscalité imposée au secteur des télécoms en comparaison par exemple au même secteur au Cameroun. À cette raison s’ajoutent les coûts exorbitants liés à l’enclavement du pays, rendant toute extension ou modernisation d’infrastructures extrêmement coûteuse, notamment l’installation de la fibre optique qui passe nécessairement par la côte.
« Deux à trois appels d’offres ont été lancés, mais aucun opérateur n’a accepté de venir. Si quelqu’un se présente, nous pourrions avancer, mais il n’y en a pas, compte tenu de la situation actuelle et compte tenu des taxes », s’est plaint le ministre, visiblement désabusé. Autrement dit, la concurrence, pourtant essentielle à la qualité des services, est aujourd’hui impossible à stimuler.
Le ministre des Télécommunications mise désormais sur la conférence d’Abou Dhabi, pour espérer y trouver un investisseur prêt à relever le défi. « Si je trouve quelqu’un de bien, nous engagerons un cabinet pour nous accompagner », a-t-il déclaré. Mais comment séduire de nouveaux partenaires quand la fiscalité décourage déjà les opérateurs existants ?
En attendant, Airtel et Moov Africa continueront d’imposer leur médiocrité sans réelle menace de sanction. Le ministère a bien promis un audit pour évaluer leurs performances, mais là encore, le temps administratif risque d’étouffer toute initiative concrète.
L’évidence est là. Le mal est profond, et l’espoir de capter un signal clair s’éloigne chaque jour un peu plus.

