L’ONAPE sabote le PND

Que restera-t-il encore aux chercheurs d’emplois et aux employeurs quand ONAPE aura tout accaparé ? Par une circulaire n°12, l’Office national pour la promotion de l’emploi (ONAPE) a imposé royalement une mesure pour le moins controversée. Désormais toutes les offres et demandes d’emploi doivent obtenir son approbation préalable avant toute publication ou diffusion. Officiellement, cette décision viserait à « garantir la transparence », « éviter les fraudes » et « mieux coordonner le marché national de l’emploi ». Dans le fond, elle soulève un malaise insondable.

Par cette décision, l’ONAPE donne un coup de poignard dans le dos au gouvernement eu égard de son contexte. En effet, il vient saboter tous les efforts du gouvernement qui mobilise toutes les énergies positives pour réussir la table ronde sur le financement du plan national de développement « Tchad connexion 2030 ». Le gouvernement séduit les investisseurs et l’ONAPE les intimide. Voilà le nouveau jeu vidéo auquel l’on assiste.

Les efforts de l’exécutif sont donc foulés au pieds par l’ONAPE, qui dresse de nouvelles barrières bureaucratiques à l’embauche. Il choisit la voie du contrôle et de la contrainte dans le seul but de décourager les employeurs et bailleurs potentiels en plein PND. Un péril que seul lui et ses soutient peuvent justifier. Car, dans des périodes pareilles, les décisions stratégiques ne doivent pas être le fuit de l’orgueil et de l’arrogance d’un prince. L’heure n’est pas à la lutte au couteau et du coup pour coup qui pousse même une institution, comme l’ONAPE à contredire son discours de modernisation et d’ouverture économique que prône le gouvernement.

D’un autre revers – ce qui est d’autant plus sérieux et curieux, cette circulaire constitue une véritable dérive autoritaire et du népotisme. Derrière ce texte administratif, se profile une volonté politique, celle de prendre le contrôle du marché du travail. Exiger un visa préalable sur chaque offre, l’ONAPE se donnera le pouvoir d’imposer ses propres choix et de filtrer les recrutements selon des critères opaques. Il n’y a rien à y attendre. De quoi nourrir plutôt la crainte d’un retour du népotisme institutionnalisé. Car, désormais les embauches seraient orientées vers les « proches ».

En clair, les employeurs devront désormais se soumettre au bon vouloir et aux humeurs de l’Office, sous peine de voir leurs annonces bloquées. Une mesure qui ouvre la porte à toutes les dérives clientélistes.

Alors que l’ONAPE s’arroge des pouvoirs de censeur, les véritables problèmes du marché de l’emploi tchadien restent sans réponse. Il ferme allégrement les yeux sur les abus dans les entreprises étrangères, notamment chinoises, où de nombreux employés et même des stagiaires tchadiens envoyés par l’ONAPE lui-même subissent des conditions de travail très proches de l’exploitation. L’ONAPE reste aussi silencieux et lâche face aux pratiques moyenâgeuses de la société étrangère de gestion des ressources humaines « Emploi Service », qui fait de la commercialisation de la main-d’œuvre locale un moyen d’enrichissement au grand mépris du droit du travail. Au lieu de promouvoir l’emploi et protéger les employeurs il décide de tout verrouiller.

En voulant régenter tout le processus de recrutement au Tchad, l’ONAPE se trompe malheureusement du vrai combat et se verse dans la diversion de mauvais goût.
Cette circulaire n°12 révèle moins une volonté de transparence qu’une tentation de domination bureaucratique, au détriment de la dynamique économique que le gouvernement cherche à impulser. A continuer, il va sans dire le PND en prendra un coup fâcheux.

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