Et si on devait commencer par mettre de l’ordre chez nous ? Le droit de la presse et la liberté de la presse elle-même sont célébrés. Il est une habitude mère, des journalistes sont torturés, maltraités, emprisonnés, voire tués partout au monde. Chaque année, la courbe croit au même rythme que les médias éclosent, le numérique aidant.
Au Tchad, la date du 3 mai est souvent commémorée sous le signe de la restriction d’accès à l’information. Il est vrai que les détenteurs des vraies font cher le marché. Mais bien avant d’aller chercher cette information, il faut se demander qui est réellement le journaliste tchadien d’aujourd’hui ? On parle du statut tchadien d’aujourd’hui.
Dans les rues, des journalistes sont à revendre, au point qu’on arrive plus à distinguer les vrais du bon. On nous dira que c’est un métier de la rue. C’est vrai. Mais ce n’est pas un métier d’un homme de la rue parce qu’il est codé et encadré.
Le phénomène des journalistes d’intervention rapide est inquiétant. Ils sont plus informés sur les programmes des cérémonies que leurs organisateurs eux-mêmes. Ils sont prêts à tout sauf à réfléchir et à informer. Ils sont aidés par des patrons des médias qui n’ont que la rédaction de leur organe dans le sac. Les insuffisances juridiques dans le processus de création des médias sont réelles. Elles envoient par ricochet les journalistes dans la précarité et les basses besognes. Car que vaut un journaliste qui ne gagne même pas le SMIG ? Que vaut un journaliste qui n’a même pas une salle de rédaction pour produire ses œuvres ? Le métier se retrouve aujourd’hui complètement pollué. Un grand bordel. Il n’est plus la même maison que celle qu’ont léguée les grands noms du milieu de la presse, gloire soit rendue à eux. Dans l’ombre, ils pleurent le déclin de ce beau et élégant métier.
Le journaliste tchadien n’est plus craint parce qu’il n’a plus de principe. Il a la gâchette facile pourvu qu’on lui jette l’os. Il est plutôt un chien de chasse et non un chien de garde.
Le petit espoir qui reste réside dans le dynamisme de l’équipe de la HAMA, Dieu le sait, qui est en train d’engager des grandes réformes pour que plus jamais l’on assimile un journaliste à un tiktokeur, un média avec une simple page Facebook, et plusieurs autres confusions de cette nature. Il y a un métier à sauver. Et dès qu’on l’aura réussi à le faire, nous ne savons quand, on reviendra discuter de l’accès à l’information. Dans ce pari, les organisations faîtières, si elles sont encore légitimes, doivent revoir elles aussi leurs copies pour soutenir la HAMA.
En attendant, vive la presse libre et indépendante pour que vive la démocratie.
La Rédaction

