La fabrication des véhicules blindés au Burkina Faso : des effets d’annonce

« Le Burkina Faso fabrique des blindés. » En écoutant un titre pareil, on est séduit mais aussi surpris. Le Burkina Faso ? Comment ? Avec quoi ? Et pour quelle efficacité ?

Il est indéniable. Le Burkina Faso avance bien et mieux. C’est un fait. Le capitaine Ibrahim Traoré, même si on peut lui reprocher la restriction drastique des libertés, multiplie les bonnes initiatives. En trois ans seulement, il a su stimuler la transformation locale. Il a fait relancer des usines. Il a valorisé le savoir-faire burkinabé. Il mérite d’être reconnu.

Mais attention au piège du spectacle. En effet, il y a quelques jours, les autorités burkinabè ont présenté en grande pompe des véhicules blindés « Made in Burkina ». On nous parle de véhicules fabriqués de toutes pièces sur le sol national. Ce qui, techniquement, n’est pas vrai. Loin de minimiser l’intelligence et le génie des Burkinabés, cette annonce semble être exagérée.

Car mettre simplement des plaques d’acier soudées sur un châssis importé n’est pas automatiquement fabriquer un blindé. C’est le transformer. C’est, en termes appropriés, du surblindage. La nuance n’est pas à négliger afin d’éviter toute manipulation et confusion. Le moteur, la transmission et la mécanique viennent d’ailleurs. Aucun pays ne fabrique une armée sur un coup de tête. Le Burkina Faso n’est pas encore capable de fabriquer sur place tout ce qui ressemble au blindé. La plupart des pièces de ces engins sont importées.

Il est nécessaire de relever cette nuance afin donc de protéger les esprits. Les autorités du Burkina Faso veulent simplement faire du chiffre et du bruit pour vendre du rêve souverainiste à bon marché.

Ce jeu de communication n’est pas inutile car il n’est pas honnête. Le travail d’ingénierie fait sur place, au Burkina Faso, est déjà louable en soi. Il n’y a pas besoin d’exagérer pour impressionner. Il ne faut pas chercher à abîmer la vérité. La vraie souveraineté commence par le respect du réel.

Mais en attendant, les autres États africains doivent copier l’exemple de la révolution dans la transformation chez les Burkinabés. C’est un modèle, qu’on l’accepte ou qu’on feigne d’ignorer.

Par Nathaniel MOUNONE

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