N’Djamena : salaire en poche, vie de pacha et mois de galère

À N’Djamena, pas besoin de guetter une notification bancaire pour savoir si le virement est tombé. Les indicateurs physiques renseignent mieux. Les alertes électroniques ont perdu leur monopole, ou ne servent en tout cas qu’aux concernés. Dehors, les pouls de la paie se prend dans la rue. Il suffit simplement d’observer les files d’attente interminables devant les guichets, mais surtout l’effervescence qui s’empare de la ville. Une unité de mesure infaillible qui, bien souvent, expose la précarité autant qu’il libère les cœurs.

Le constat saute aux yeux à Gassi, dans le 7e arrondissement, sur l’avenue Jacques Nadingar, nouvel axe animé de la capitale. Devant ce bar-dancing, notre équipe a posé son QG, pas pour taper les verres, mais pour observer la métamorphose des lieux. C’est une démarche journalistique normale.

Soudain, le parking se sature de motos garées pare-chocs contre pare-chocs, tandis que les voitures s’entassent en double file. Ce n’est pas un miracle. Des jeunes femmes vêtues tenue de soirée dégringolent des clandomen, toutes d’un air pressé. Les « Arriver et payer  » (AV) guettent leurs bailleurs afin de libérer les mototaximen. Le temps c’est de l’argent. Pendant ce temps, les plus chanceuses descendent de véhicules au bras de leurs petits amis. Gloire au salaire. Les tables affichent complet, les décibels montent. Entre Fally Ipupa, les musiques locales et surtout les sonorités générées à l’aide de l’intelligence artificielle, c’est une question de goût. Nous sommes ce 26 septembre 2026, le premier week-end post-salaire.

« C’est ça aussi la vie ! Je suis bien passé par un guichet (de banque ndlr) à Bololo, mais la queue était interminable. J’ai dû filer dans un hôtel pour retirer du cash, les amis m’attendaient déjà sur place. C’est notre seule façon de décompresser », lâche Mbairam, un habitué, le sourire aux lèvres.

Une euphorie de courte durée pour les affaires, comme le confie le gérant des lieux : « Entre le 10 et le 20 du mois, la foule disparaît et je pourrais presque dormir sur place. Mais dès que le salaire tombe, c’est la folie. Notre vente passe parfois du simple au triple ».

Arrivée à l’arrière d’une moto, Grâce, dégaine son téléphone pour repérer son compagnon dans le bruit. Interrogée à la volée, elle ne cache rien de cette parenthèse festive : « Je ne sors pas très souvent, mais les week-ends de fin de mois, c’est un autre monde. On en profite aussi pour ‘tchopper’ [croquer l’argent] un peu avec nos petits amis salariés. »

Toutefois, derrière les ambiances des bars, c’est simplement de l’illusion éphémère de l’abondance. Le taux de pauvreté au Tchad reste élevé et où les revenus salariaux peinent à couvrir les besoins essentiels. En quelques heures, le fruit de trente jours de labeur s’évapore dans l’alcool et les dépenses de futilité. Et au bout du compte, ce sont les foyers, restés à la maison, qui font les frais de cette « fête » express, condamnés, eux, à subir la longue traversée du désert jusqu’au mois suivant.

Par Nathaniel MOUNONE

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