Lutter contre la corruption dans un pays entièrement rongé comme le Tchad nécessite un investissement de conscience dont le prix doit dépasser la construction de 31 villas. Dans une seule semaine, l’Autorité de lutte contre la corruption (AILC) a éjecté de la maison d’arrêt de Klessoum l’ancienne ministre de l’Action sociale Fatime Boukar Kossei, puis mis la main sur 31 villas somptueuses et deux jardins bien fleuris de l’ancien trésorier provincial d’Abéché, Mahamat Massar Houd.
Il reste encore dans la mémoire des Tchadiens que le Chef de l’État, le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, a réitéré à plusieurs reprises son engagement à faire de la transparence et de la bonne gouvernance les piliers de la refondation de l’État pendant son premier quinquennat.
« Je ne tolérerai aucun écart dans la gestion des ressources des collectivités autonomes », avait-il déclaré, avant d’ajouter que « la lutte contre la corruption doit être implacable et la loi doit être appliquée dans toute sa rigueur ». Ces extraits du président de la République tirés dans deux allocutions distinctes sont un serment, plus qu’un simple engagement d’un chef de l’État déterminé à mettre fin aux comportements véreux de ceux et celles qui ont entre leurs mains les ressources de l’État.
Pendant plusieurs décennies, la corruption a gangréné la bonne marche des administrations tchadiennes et a freiné drastiquement le développement socio-économique du Tchad.
Au-delà du symbole que représentent ces interpellations, ces actions traduisent-elles un véritable changement de paradigme ou relèvent-elles d’une opération de communication de l’AILC ? Depuis 24 heures, cette question reste sans réponse valable, étant entendu que ces interpellations ne sont que la face visible de l’iceberg. Refuser de voir le verre à moitié vide pendant que les ressources de l’État servent à construire des hôtels 5 étoiles partout dans le monde ne serait qu’hypocrisie et un simple verni.
L’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC), si elle est réellement indépendante, doit veiller à ce que ses démarches ne soient pas perçues comme sélectives ou circonstancielles. Le vertical danger serait surtout de transformer un noble combat en instrument de règlement de comptes politiques ou en vitrine de bonne gouvernance sans lendemain. Les pilleurs des ressources de la République sont là, identifiés et identifiables. Il suffit de serrer la ceinture avec un peu de courage pour les traquer, qui qu’il soit. Si les « intouchables » continuent de détourner impunément les ressources de l’État, l’AILC aura été une coquille vide.
La lutte contre la corruption exige bien plus qu’une série d’arrestations pompeuses, mais plutôt une réforme en profondeur des mécanismes de contrôle, la transparence dans la gestion des finances publiques, la responsabilisation des acteurs locaux et la fin de l’impunité à tous les niveaux. C’est pourquoi, en plus de répression, l’AILC doit moraliser, sensibiliser pour mieux prévenir, car personne ne maitrise les en dessous profonds de ces répressions. C’est à ce prix seulement que la lutte contre la corruption cessera d’être une mise en scène pour devenir un moteur réel de justice et de développement.

