Les guerres se succèdent partout au monde et l’ordre mondial se détériore de plus en plus. Après l’Ukraine, le Liban, le Soudan, nous voilà dans les rédactions de presse à traiter à longueur de journées ce qu’on a envie d’appeler la nouvelle guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël.
Alors que les projecteurs du monde entier et des commentateurs en particulier sont braqués sur le bras de fer balistique entre l’Iran et l’axe américano-israélien, la guerre au Soudan, voisin du Tchad, est passée dans l’oubliette alors qu’elle entre dans sa troisième année. Une injustice de guerre ? Que c’est horrible de l’entendre puisqu’il est d’essence anodin de comparer les guerres, d’où qu’elles soient menées. Mais ayons le courage de l’avouer : la guerre civile au Soudan est en train de devenir le premier « conflit fantôme » de 2026, victime d’une amnésie internationale sélective aux conséquences humanitaires pourtant bien réelles et plus pesantes sur le Tchad. Le Tchad, qui a décidé de fermer ses frontières avec le Soudan au risque de voir ce conflit s’étendre tant les apostrophes soudanaises sont bien perceptibles.
En revanche, il ouvre toujours ses portes aux réfugiés soudanais si bien que les aides humanitaires tombent à compte-gouttes car la communauté internationale prend finalement plaisir dans la hiérarchie des guerres et des catastrophes.
Une chose plus amusante à ne pas perdre de vue, c’est justement l’ironie cruelle dans la situation actuelle : l’Iran, qui occupe 90 % du temps d’antenne des médias internationaux, est l’un des acteurs clés du conflit soudanais. Depuis le début de l’année, les Forces armées soudanaises (SAF) du général Al-Burhan ont regagné du terrain grâce à l’utilisation massive de drones de fabrication iranienne. L’Iran est-il finalement victime ou actionnaire de guerre ?
Pourtant, alors que l’Iran est frappé sur son propre sol, son influence au Soudan continue de nourrir une guerre qui – nous ne le rappellerons jamais assez – ne reçoit plus ni l’attention diplomatique, ni les fonds humanitaires nécessaires.
Un pays qui s’efface de la carte médiatique
Le constat est amer et révoltant. Le « bruit » des missiles au Moyen-Orient étouffe complètement les appels à l’aide venus du Darfour ou du Kordofan. Les conditions de famine (phase 5 de l’IPC) sont confirmées à El Fasher et Kadugli et le Plan de réponse humanitaire 2026 pour le Soudan reste dramatiquement sous-financé. Et ne soyez pas surpris, les donateurs réorienteront systématiquement leurs priorités vers la stabilisation du Golfe pendant que 33 millions de personnes ont besoin d’une aide vitale cette année. Déjà une réunion ministérielle extraordinaire du G7 se tient à Paris ce mercredi 11 mars 2026. Ces géants vont se pencher sur le choc pétrolier provoqué par ce conflit en Iran. Le prix du baril du pétrole a franchi la barre des 100 dollars suite aux menaces iraniennes sur le détroit d’Ormuz. Comme quoi les intérêts économiques de ces « décideurs du monde » passent avant les urgences humanitaires au Soudan. À se demander si la solidarité internationale ne reste pas une alchimie.
En attendant d’en finir avec l’Iran, et voyant le Soudan s’effondrer dans l’indifférence, la communauté internationale permet l’installation d’une zone de non-droit massive sur la mer Rouge, où les influences étrangères – iraniennes, émiraties ou russes – se jouent des populations civiles.
Et si la « guerre de 2026 » au Moyen-Orient venait à se prolonger, le Soudan pourrait bien franchir une étape plus fatale de non-retour. Et tenez-vous bien : plus aucune caméra ne pourra filmer l’ampleur du désastre au Soudan !
Par Nathaniel MOUNONE

