Félix Tshisekedi siffle la fin de la récréation diplomatique en matière d’eau à N’Djamena

Le premier Forum africain sur l’eau, qui s’est ouvert ce 15 juillet 2026 à N’Djamena, aurait pu n’être qu’un énième rendez-vous feutré où les déclarations d’intention rivalisent de grandiloquence. C’était sans compter sur l’intervention de Félix-Antoine Tshisekedi. En prenant la parole devant ses homologues et les représentants de la Banque mondiale, le président de la République démocratique du Congo a choisi, lui, de bousculer les codes.

Il a posé un diagnostic sans concession et esquisse une rupture doctrinale : l’eau n’est plus une affaire d’aide humanitaire, c’est une question de souveraineté nationale et collective. Tous les titulaires des pouvoirs publics africains sont censés comprendre cette évidence.

Pour ce qui concerne notre rédaction, fort de tous les discours entendus à la cérémonie officielle de ce forum, celui de Félix Tshisekedi réside d’abord dans son refus de la langue de bois. Il a jeté les chiffres de la honte au milieu de l’assemblée. Oui, les chiffres de la honte. 400 millions d’Africains n’ont pas d’accès sécurisé à l’eau potable ; 800 millions vivent sans hygiène de base. Cela fait froid dans le dos, et c’est pour cela qu’il faut un forum là-dessus.

Il a su enlever le bois qui est dans son œil car la RDC, géant hydrique mondial dont les populations peinent pourtant à ouvrir un robinet fonctionnel. Félix-Antoine Tshisekedi a désarmé toute accusation d’arrogance. « La richesse d’un pays ne se mesure pas au débit de ses fleuves, mais au nombre de foyers réellement raccordés », a-t-il affirmé.

Pendant des décennies, l’accès à l’eau a été traité sous l’angle de la « dépense sociale », un fardeau budgétaire ou un terrain de jeu pour les ONG occidentales. À N’Djamena, Tshisekedi a opéré une requalification conceptuelle. Il a redéfini l’eau comme la « première infrastructure de la vie » en la hissant au même rang que les routes, l’électricité ou les réseaux de télécommunication. Le président congolais en a fait des ressources un actif macroéconomique. Pas d’industrialisation sans eau fiable. Pas de sécurité alimentaire sans irrigation maîtrisée. Pas de paix sociale sans accès équitable. Ce glissement sémantique est un message direct envoyé aux investisseurs : l’eau est un secteur productif, bancable et souverain.

Le président congolais ne s’est pas arrêté là. Dans un style direct qui tranche avec la retenue habituelle de ces instances, il s’en est pris ouvertement à deux maux qui paralysent l’action sur le continent, à savoir la bureaucratie stérile et l’asphyxie financière. Tshisekedi a dénoncé la « double peine » imposée à l’Afrique par les marchés financiers à travers des primes de risque disproportionnées. Comment financer la transition climatique et hydrique si le coût du capital reste prohibitif pour les projets africains ? La question reste en tout cas posée.

Ce qui a le plus plu à l’assemblée, c’est le concept de la « diplomatie de l’eau » évoqué par Félix-Antoine Tshisekedi. La région d’Afrique centrale et le Sahel sont en proie aux convulsions sécuritaires. Devant cette situation, ériger la gestion partagée des eaux transfrontalières en outil de désescalade et d’intégration régionale est un choix hautement stratégique. Le président congolais tente de fédérer le continent autour d’un projet commun, loin des querelles géopolitiques stériles, en lançant la « Coalition africaine pour la sécurité hydrique »,

Reste désormais le plus difficile de ces engagements et beaux discours : traduire cette brillante feuille de route politique en réseaux de tuyaux, en stations de traitement et en eau potable coulant réellement dans les foyers africains. Le compte à rebours de la crédibilité est lancé depuis N’Djaména.

La Rédaction

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