Après plusieurs jours de détention pour avoir appartenu à l’opposition et appelé à une marche pacifique avec le Groupe de Concertation des Acteurs politiques, dissous, Max Kemkoye, président de l’Union des Démocrates pour le Développement et le Progrès (UDP), a publié ce lundi 3 août 2026, une lettre au Président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno, sur la gestion du pays et sur les personnes qui l’entourent dans cette mission.
Max Kemkoye a d’abord attiré l’attention du Chef de l’État sur sa gouvernance en rappelant un message du feu Président Idriss Déby Itno. Ce dernier déclarait : « Vous avez vu un chef d’État prendre une arme et allez battre ? Vous croyez que je l’ai fait parce que je suis brave ? Je l’ai fait parce je suis courageux ? Non, je l’ai fait parce que j’aime ce pays et je ne veux pas que le désordre s’installe sur ce pays. Donc j’ai préféré aller mourir sur le terrain et n’est pas voir le désordre qui s’ensuivra ».
Évoquant les cinq années de Mahamat Idriss Déby Itno à la tête du pouvoir, ainsi que les difficultés observées au sein de la haute administration de l’État, des institutions et de l’administration publique dans son ensemble, Max Kemkoye a rappelé au chef de l’État : « faisons-en sorte que feu Idriss Deby ITNO n’ait pas raison ».
Il a souligné que le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno porte la lourde responsabilité d’éviter au Tchad le chaos qu’avait prédit le feu Président Idriss Déby Itno. Selon lui, si les prémices de ce chaos sont déjà présentes ou en train de s’installer, « vous ne serez pas digne de l’héritage d’un homme qui a dirigé le Tchad pendant 30 ans. Qu’importe la manière dont il l’a dirigé, chacun en jugera et l’histoire retiendra ce qui est à retenir » a affirmé Max Kemkoye. Il ajoute qu’au temps du père, « il n’y avait eu rien de ce que nous voyons aujourd’hui en ampleur et profondeur sur le fonctionnement de l’État et les enjeux majeurs y relatifs, qui auraient exister avant ».
Pour éviter cette situation et entrer dans le panthéon de l’histoire commune, le président de l’UDP a indiqué, à travers cette lettre adressée au Président de la République, vouloir mettre en garde Mahamat Idriss Déby Itno, estimant qu’il n’y a plus de temps à perdre.
Selon lui, la maison est en train de se déstructurer sous l’effet des intérêts personnels de certaines personnes. Il lui conseille ainsi : « Il faut mettre au cœur de vos actions politiques l’intérêt de chaque tchadienne et tchadien et non celui des personnes ».
Pour y parvenir, il estime qu’il faut engager un vaste chantier de gouvernance structurelle, maîtrisée et contrôlée, avec une administration publique éthique et professionnelle. Il préconise d’amener les Tchadiens à respecter la loi, à préserver le bien commun et la laïcité.
Selon lui, c’est à cette condition que la République pourra véritablement se construire. Il recommande également de réconcilier les Tchadiens entre eux, avec les lois, les règlements et les institutions, qu’il considère comme des facteurs de paix, de vivre-ensemble harmonieux, de respect de soi, de respect d’autrui et de consolidation de la République. Il ajoute enfin qu’il faut surtout « des hommes compétents et intègres » qu’ils soient au pays tout comme à l’étranger.
Estimant que les Tchadiens demeurent marqués par de profonds conflits ayant causé d’énormes dégâts, Max Kemkoye appelle à l’organisation d’assises sectorielles et nationales républicaines afin de favoriser une véritable catharsis et le pardon.
Il préconise également l’organisation d’une conférence nationale administrative, institutionnelle et budgétaire destinée à refonder les bases de l’État, à améliorer son fonctionnement, son efficacité, son efficience ainsi que son autorité, afin d’amorcer le développement réel du pays, longtemps attendu. Toutefois, avant d’atteindre ces objectifs, il estime qu’une étape est indispensable.
Il propose ainsi l’organisation d’un colloque national pluridisciplinaire des compétences afin de rassembler les expertises, d’analyser les défis, de croiser les évaluations et de formuler des solutions adaptées pour relever efficacement les défis urgents auxquels le pays fait face.
Enfin, Max Kemkoye met en garde contre le risque d’une déliquescence structurelle et systémique de l’État, marquée par la banalisation des lois, des institutions, de l’autorité de l’État et de ceux qui les incarnent. Il rappelle que « Il y en a, en République, quelque chose de bien plus importante que ni les hommes armés ni les armes ne peuvent l’imposer car, les hommes en armes ne sont craints que pour un moment à cause des armes. Mais ceux-ci ne sont pas respectés à cause des armes. Cette chose, c’est la confiance et le consentement en la légitimité qu’il faut savoir la nourrir et la préserver et non la fragiliser ».
En conclusion, le président de l’UDP invite le Président de la République du Tchad à se faire respecter par la confiance des Tchadiens plutôt que par la crainte des armes. Selon lui, le véritable respect est celui qui naît de la confiance que le peuple accorde à son Président.
Par ILLETEGUI SAMGUE Thomas

