Défécation à l’air libre : Senoussi Hassana passe à la vitesse supérieure

Les images ont fait le tour des réseaux sociaux et arraché des sourires. Des gens qui défèquent en plein air. On s’en délecte. On en rigole. Mais elles cachent un fait de société préoccupant voire choquant. En effet, depuis quelques jours, la police sanitaire de la mairie de N’Djamena est à la trousse de ceux qui « chient dehors ». Elle applique une méthode pour le moins radicale mais redoutablement efficace. « Pris sur le fait, l’infracteur ramasse. » Oui, la scène prête à sourire derrière nos petits écrans, mais cache une réalité accablante qui mine notre capitale depuis trop longtemps. On n’en parlera jamais assez.

La défécation à l’air libre dans certains espaces publics est persistante.  Un acte incivique qui a la peau dure. Sous les ponts ou le long des axes, la sensibilisation douce a montré ses limites. Les affiches n’ont pas suffi. Les discours de prévention sont eux aussi tombés dans les oreilles des sourds. Que reste-t-il encore à Senoussi Hassana Abdoulaye ? Le coup de force. Braver la clémence. Taper du poing sur la table. Une mesure coercitive et visible, pour secouer les consciences. C’est un acte courageux, et un signal fort envoyé à ceux qui persistent dans l’incivisme. Car une ville moderne ne peut pas s’accommoder de telles pratiques qui bafouent les règles élémentaires de l’hygiène et de la dignité humaine.

Il faut cependant relever le piège du centre-ville. L’action menée par la mairie centrale est simplement un excellent point de départ. Mais elle ne doit pas se limiter aux grands axes et aux zones visibles du centre-ville. Le véritable défi se trouve dans les quartiers périphériques et les zones sous-intégrées. C’est là-bas, loin des caméras et des patrouilles régulières, que cette pratique est véritablement un fléau quotidien.

C’est pourquoi, pour que cette dynamique ne soit pas qu’un simple feu de paille médiatique, les mairies d’arrondissement doivent aider la mairie centrale. Ils doivent sortir de leurs bureaux et prendre le relais sans délai. La mairie centrale ne peut pas porter seule ce lourd fardeau, elle va disjoncter. Les maires de dix communes de la ville de N’Djaména connaissent mieux leurs ruelles, leurs recoins, leurs marchés et leurs habitants. Les actions doivent être fédérées pour être efficaces. Les délégués des quartiers et les chefs de carré doivent eux aussi jouer leur partition.  La récréation doit prendre fin. Il faut dupliquer ces descentes musclées et pédagogiques dans chaque secteur de la ville afin de créer un maillage territorial solide. L’effort doit être décentralisé pour que l’impact soit global.

Une évidence est là. La police sanitaire ne pourra pas être derrière chaque citoyen à chaque instant. La peur du gendarme est un bon déclencheur, mais elle ne remplace pas l’éducation civique sur le long terme. Les municipalités doivent aussi accompagner cette politique répressive par la construction des toilettes publiques. Elles doivent veiller à ce que les propriétaires de concessions ou de parcelles louées disposent de latrines aux normes, et sanctionner également les bailleurs négligents.

Chaque N’Djamenois doit comprendre qu’aimer sa ville, c’est la respecter. Il est donc temps de cesser de rejeter la faute uniquement sur les autorités. L’assainissement de nos villes est un combat de tous les instants qui exige l’implication de l’État, des mairies centrales et d’arrondissement, mais aussi et surtout de chaque citoyen. Changeons nos comportements !

La Rédaction

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