« Personne n’acceptera que sa victoire soit détournée cette fois-ci», Bongoro Théohile

Les élections législatives et locales sont prévues pour le 29 décembre 2024 selon le calendrier de l’Agence nationale de gestion des élections (ANGE). Après la publication des listes définitives des candidats par le Conseil constitutionnel, les candidats iront en campagne le 7 décembre. La question de transparence de ces consultations anime le débat dans la classe politique tchadienne dès lors que certains partis politiques les boycottent à cet effet. Grande interview de Salam Info s’entretient avec Me Bebzouné Bongoro Théophile, président du Parti pour le Rassemblement et l’Équité au Tchad (PRET). Un tour d’horizon, même sur les actualités internationales

Salam Info : Votre parti est arrivé sur la scène politique en 2018, après 5 ans, quel est le bilan du parcours ?

B.Théophile : Écoutez! 5 est un chiffre fétiche dans les statistiques et les sciences qui font appel aux chiffres mais pour un parti politique qui est dans un contexte particulier, cela ne peut pas être un bilan d’étape très parlant, en termes de réussite, d’échec et de leçons à tirer. Mais ce contexte particulier n’a pas plombé notre ambition de départ qui est la conquête du pouvoir. Vous le connaissez bien, je crois qu’en 2021, on était à la recherche d’un candidat unique, on a terrassé un ténor de l’opposition d’alors. Et la suite vous la connaissez. J’ai retoqué ma candidature parce que la mère de l’un des candidats avait perdu sa maman dans des conditions troubles. Comme notre projet est de conquérir le pouvoir, nous avons décidé de ne pas cracher sur les rendez-vous électoraux.

Nous sommes allés à l’élection présidentielle du 06 mai 2024 qui nous a positionné 5ème sur la liste. Ce qui n’est pas reluisant. Mais ayant classé des partis qui nous ont précédés, ce rang nous amène à croire que nous devrions faire mieux. C’est comme un élève qui a une certaine moyenne au départ et continue de faire des progrès. Et c’est pour cette raison que nous nous sommes préparés aussi pour les élections législatives et les locales du 29 décembre prochain. Voilà grosso modo, les faits d’armes du Parti Pour le Rassemblement et l’Equité au Tchad.

Salam Info : Le Tchad a connu la rupture constitutionnelle en Avril 2021 suivie d’une transition censée débouchée sur la mise en place des institutions démocratiques. Quelle appréciation faites-vous de cette transition ? 

B.Théophile : On ne va pas vouloir être iconoclaste ou faire le procès à tout. Je pense que la circonstance qui a vu cette transition s’inviter dans une vie constitutionnelle normale nous a amenés à sortir de notre chapeau ce qui n’était pas prévu dans notre constitution, que le dauphin constitutionnel ait renoncé à ses prérogatives. Il a fallu mettre en place une équipe non constitutionnelle. Cela a été commandé par les menaces de sécurité qui nécessitait une union sacrée. 

Aujourd’hui, bon an mal an, nous sommes parvenus, avec la date annoncée du 29 décembre, au point d’achèvement. Il resterait peut-être à mettre sur pied le sénat. Je pense qu’on resté quand même dans le délai, même s’il y avait des choses à corriger. Nous sommes parvenus, au mérite du peuple tchadien et de ses dirigeants, d’avoir élu un président de la République et maintenant nous nous acheminons vers la mise en place du parlement et de notre décentralisation tant vantée pendant le référendum pour convaincre les Tchadiens qui voudraient plutôt la fédération. Nous sommes sur la bonne voie, à mon coeur défendant, avec la garantie donnée par le Chef de l’Etat de veiller à la transparence de cette élection. C’est pour cela que nous autres, qui sommes allés à la présidentielle, revenus avec quelques expériences fâcheuses, nous nous lançons dans cette bataille.

Pour ces élections législatives et locales, je suis convaincu que chaque tchadien qui va en compétition viendra avec ce qu’il mérite du terrain parce qu’ici, c’est le fils du terroir qui a un projet et qui vient solliciter le suffrage de ses parents pour les aider à régler leurs problèmes. Ce serait le meilleur baromètre pour mesurer leurs fils qui soit, par le passé, se sont limités à faire des discours assez accommodant mais suivi de très peu d’effet, soit ont fait de la politique un emploi.

Cette fois-ci les parents auront à choisir car cette compétition va être disputée mais discutée. Si les gens veulent ramener le schéma déplorable de ce qui s’est passé à la présidentielle qui consistait à corrompre les membres de bureau de vote et l’expulsion des délégués des partis, personne n’acceptera que sa victoire soit détournée cette fois-ci. Comparativement à d’autres transitions, nous respectons notre délai que nous nous sommes librement fixés. C’est ainsi qu’après le 29 décembre, nous arriverons à la fin de cette transition. 

Me Bebzouné Bongoro Théophile/photo Salam Info/@novembre2024

Salam Info : Avec plusieurs autres partis, vous avez plaidé auprès du Cadre de Concertation des Partis Politiques (CNPC) pour obtenir des garanties de transparences, en vain. La déclaration du Président est-elle suffisante ?

B. Théophile : Le Cadre de Concertation des Partis Politiques (CNCP) est l’organe qui doit être l’interface vis-à-vis des institutions de la République. Le Président est garant des discussions qui butent là bas sur des incompréhensions. Au cas où il y a blocage, c’est à lui qu’on doit recourir. Qui mieux que lui pour garantir les élections ? C’est pourquoi quand on avait adressé le mémorandum au CNCP avec copie pour compte rendu au Président garant des accords du CNPC, au Premier Ministre et Ministre de tutelle pour information. Cela veut dire qu’on a frappé à la bonne porte parce que le Président de la République a pris sur lui la responsabilité dans la mesure où les paroles d’un Chef d’État valent actes administratifs. On lui donne la valeur d’un décret, l’un de nos textes normatifs.

Au départ on avait voulu qu’il faut revoir même le code électoral notamment les dispositions relatives à la possession des procès-verbaux à l’issue du dépouillement, mais le Président s’étant substitué déjà au CNCP parce qu’il est garant, ce qui veut dire que c’est le deuxième degré de cette instance, nous pourrons que nous contenter de cela.

Néanmoins, nous ne perdons pas de vue les tentatives résiduelles des membres de ce monstre qu’on appelle “la Coalition Tchad Uni” qui se sont illustrés pendant la présidentielle par des actes qui ont échappé au Président de la République. Moi dans ma zone, ils ont voulu faire savoir au Président que Bongoro Théophile n’a pas de contrôle sur sa zone, en remplissant des urnes vierges avec de nouveaux bulletins sortis de nulle part. Sachant que le recours par rapport cette fraude ne donnera pas un résultat significatif, nous avons compilé les preuves pour nous permettre d’échanger en notre sein afin d’asseoir de nouvelles stratégies. Cette fois-ci, je n’accepterai pas que moi fils du terroir, venu demander le suffrage de mes parents, on puisse voler ma victoire.

Il faut qu’on arrête de voler le vote qui est sublime ; le pouvoir appartient au peuple et le peuple c’est l’incarnation de la divinité qui se manifeste qui se révèle en des êtres humains qui choisissent leurs dirigeants. Donc nous avons deux garanties : la garantie de transparence du Président de la République et nous nous allons contrôler notre vote.

Salam Info: Comment le PRET prépare ces élections?

B.Théophile : Le PRET, depuis qu’on l’a porté aux fonds baptismaux, est un parti lucide. Nous avons 3 listes pour les communales, 3 listes pour les provinciales et 8 listes pour les législatives reparties entre le Chari Baguirmi, le Mandoul, la Tandjilé et les 2 Mayo Kebbi. Nous avons choisi ces circonscriptions pour nos atouts à gagner. Pour les communales, nous sommes en coalition à cause caution élevée de 3 600 000 par liste.

Je suis candidat dans la circonscription de Lac Léré et je suis sûr de l’emporter parce que mes challengers sont des partis usés. Ils ont fait de leurs partis un objet de promotion social personnel. Ils ont œuvré pour tout sauf l’intérêt de leurs électeurs. C’est la seule région où nous avons eu 3 premiers ministres sans compter les ministres d’Etat et les présidents des institutions. Il y a même qui a été premier ministre deux fois qui n’a fait que la route du chef de la région dans sa cour et dans celle du trésorier de son parti qui est à côté.

Mes adversaires sont dans une querelle permanente qui ne profitent qu’à eux-mêmes et à leurs familles. Ils ont des domaines entiers à l’échelle des carrés à N’Djamena sans travailler pour la masse qui les a aidés. Pourquoi il n’y a le pourcentage de 5% sur l’exploitation du ciment pour la Région ? Nous sommes mieux placés pour défendre ces populations.

Salam Info : Quel est le projet de société que vous voulez mettre en œuvre si vous êtes élu député ?

B.Théophile : Notre programme, ce sont les préoccupations quotidiennes de nos populations. Il faut agir pour les protéger de la réduction de leur espace due aux activités extractives. L’on ne doit pas continuer à les confiner alors qu’elles ont besoin de développer leurs activités agro-pastorales.

Les populations de ma circonscription sont exposées à la famine et font face à une insécurité galopante. Elles ont des ressources qui prennent d’autres destinations parce que la pression fiscale, administrative et militaire est très présente. Vous ne pouvez pas voir dans d’autres zones. Ce qui empêche nos concitoyens habituellement respectueux de l’administration, d’émettre même une petite revendication ou limite leur champ de mobilté. Il y a autant de problèmes et nous voulons proposer des solutions simples et collectives.

Salam Info : Vous avez mis le doigt sur les problèmes de ces populations. Concrètement, comment comptez-vous les résoudre ?

B. Théophile : Ce n’est pas avec un plan pour les intellectuels. Cela ne pourrait se faire dans cette population et avec elle. On perçoit déjà ces réalités au cours des voyages perlés et déplacements circonstanciers.  Mais c’est en étant dans ces populations que nous pouvons nous imprégner de son quotidien, des difficultés qu’elle rencontre et des esquisses de solutions que nous allons apporter. Et ça ce n’est pas magique.

Salam Info: Certains partis politiques ont appelé les électeurs à boycotter les élections du 29 décembre prochain. Comment vous allez les convaincre de voter?

B. Théophile : Vous voyez, le Conseil National de Transition (CNT) est venu trouver sur place les députés de la 3ème législature depuis 2011. Nos populations se font une idée de ces gens qui les ont côtoyées et de leur apport. Je viens de rentrer du village à moins d’une semaine et aujourd’hui, je perçois un désir de vouloir changer un peu d’interlocuteurs. Nos populations sont fatiguées des mêmes qui viennent, repartent et reviennent 5 ans après.

Le fait que les partis politiques ne parlent pas d’une même voie n’empêchent pas les citoyens tchadiens de croire que leur salut réside dans le choix de dirigeants sérieux qui ont à cœur le développement. La déclaration solennelle du Président de la République et le rejet de la candidature de Zen Bada, j’ose penser que ce sont des signaux de transparence. Les institutions de gestion des élections veulent faire regretter aussi ceux qui ont décidé de décrocher parce qu’il va falloir attendre 5 ans et en politique, c’est parfois difficile. Les électeurs et les militants, pour certains d’entre eux qui le peuvent, veulent se faire associer à l’exercice du pouvoir.

Quand vous décidez de couper le pont avec ceux qui vont vous administrer pendant les 5 ans à venir, c’est parfois risqué ce choix. Et si vous remarquez un peu le landerneau politique tchadien, vous avez certaines formations politiques nées au même moment que nous mais depuis quelque temps elles sont en déclin. Ça veut dire que la population est intelligente aujourd’hui ; elle sait qui veut véritablement être à ses côtés ; elle connait aussi qui est venu lui vendre les rêves qui ne sont pas réalisables, tendant à la détourner de ses vraies préoccupations. Je pense que pour le taux de participation, il sera de plus de 60%. Ces partis qui ont appelé au boycott auront prêché dans le désert.

Salam Info: Vous avez affirmez sur la radio Vision FM que l’opposition au Tchad est la plus bête au monde parce que chacun des leaders cherche à marquer sa chaussure. Que voulez-vous dire?

B. Théophile (rire) : Face à une machine comme celle-ci qui date de plus de 30 ans, si vous ne faites votre unité, il y a certaines batailles que vous n’allez pas remportées. C’est dans cette tentative qu’en 2021 on avait cru avoir un candidat unique de l’opposition et à peine le vote fini par voie d’huissier, le ténor que j’ai terrassé est sorti pour tenir un congrès extraordinaire et se faire investir par son parti. Il aurait fallu commencer par là où il a terminé. Elle est bête à cause de cela. Elle est bête parce qu’elle n’arrive pas à fédérer ses moyens. Chacun pense être le messi à qui le peuple va lui offrir la victoire sur un plateau, c’est faux.

Tout pouvoir a peur quand vous vous réunissez à deux et que vous parlez d’une même voie. Ca fait bouger les lignes et plier l’échine. Nous aurons gagné quelques batailles comme la bataille de transparence en obligeant le gouvernement à envoyer au Conseil National de Transition un nouveau texte électoral ou à revoir les cautions. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’argent et la subvention publique de 3 000 000 FCFA ne permet même pas de louer une voiture double cabine sur le trajet N’DJamena-Abéché avec 7 personnes à la charge. Malheureusement on s’est limité à faire quelques discours avec des termes appropriés sans essayer de tenter quelque chose ensemble.

À défaut d’unité, nous pensons que nos paroles peuvent captiver les gens parce que notre virginité et notre blancheur sont à offrir à ces populations. C’est la première fois qu’elles veulent nous expérimenter et nous allons leur offrir cette chance.

Salam Info: Dans l’actualité, nous avons l’opération Haskanite lancée par le Président de la République contre Boko Haram suite à l’attaque des Forces de Défense et de Sécurité. La solution militaire est-elle suffisante ? Quelles solutions proposeriez-vous?

B. Théophile : Un pouvoir, ça creuse avant de prendre des décisions. Il faut chercher à savoir un peu l’origine de Boko Haram. Maintenant c’est endigué où, c’est au Lac. Est-ce que le Lac est si poreux que les gens peuvent venir comme ils veulent et mettre en difficultés nos forces de défense et y a -t-il des facilités locales pour que l’idéologie de Boko Haram puisse gagner les esprits. La réponse va être évidemment oui. Il faut aller à la racine du phénomène. C’est de voir la jeunesse de la zone, pourquoi elle réceptive au message de l’extrémisme religieux. Est-ce qu’elle est d’emploi ou d’opportunité ? Est-ce que les autorités nationales s’appuient sur les autorités traditionnelles pour trouver des solutions idoines.

Les pouvoirs doivent également écouter les jeunes, commander des études appropriées sur la situation auprès des Organisations de la Société Civile et des enseignants chercheurs ou consultants comme les Sociologues. Toutes ces démarches nous permettront d’apporter des solutions efficaces. Mais on a préféré repartir, attendre subir une attaque qui humiliée notre armée et aller taper le mil en faisant des dégâts collatéraux énormes. Ce n’est pas cela la solution.

Salam Info: Le Premier Ministre Mali Choguel Maiga est limogé pour avoir critiqué la junte au pouvoir. Quel impact cette situation pourrait avoir sur le Tchad qui partage l’espace sahel avec le Mali?

B. Théophile : C’est un séisme politique parce que cela fait 3 ans que Choguel Maiga qui est connu pour ses esbroufes soutient la junte. Ils ont oublié que le politique a plusieurs masques. Ce monsieur s’est lassé un peu d’une transition sans fin, ce que nous avons évité au Tchad. Sachant que la population risque d’être à bout un jour, parce que l’insécurité n’est pas toujours maitrisée, Choguel en rusé politique avisé, à un moment donné voudrait s’affranchir du bilan catastrophique de cette transition. Lui il voit de déjà transition, les éléctions et le pouvoir. C’est pourquoi il dit que les militaires prennent les décisions sans l’impliquer. Donc c’est une stratégie de positionnement qui va un impact dans la classe politique malienne dans les jours à venir.

Salam Info: Votre message de fin…

B.Théophile : Je voudrais encourager le Président de la République dans ce qu’il a pris comme engagement pour de bonnes élections. De ses propos transpire la volonté de paratager le pouvoir. Je crois qu’il ne veut pas absolument avoir une majorité dans les institutions qui sont annoncées. C’est déjà très bien pour la démocratie. Que tous les Tchadiens qui veulent participer au développement en investissant ces élections, c’est une bonne chose. Et moi je l’encourage à faire tout ce qui est en son pouvoir et son autorité pour que ces élections se passent bien et ne nous causent pas de morts.

Interview réalisée par Succès Ngarpolo & Nathaniel Mounoné

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