Amir Idriss Kourda ou le touriste des infrastructures tchadiennes

Le ministre des Infrastructures, du Désenclavement et de l’Entretien routier, Amir Idriss Kourda, a effectué une tournée dans la partie méridionale du Tchad pour, selon les services de son ministère, constater l’évolution des travaux infrastructurels de cette zone. Une tournée qui n’a ressemblé ni plus ni moins à une escapade touristique ayant permis à ce jeune ministre, originaire du nord du Tchad, de profiter de l’air tropical.

Dans les différentes communications effectuées sur cette parade propre à une villégiature, il n’est jamais fait mention d’un projet de construction bien abouti au point de donner du sourire aux Tchadiens des différentes localités visitées, où la misère et l’impasse sont omniprésentes. Le tronçon Djoumal-Laï, tombeau à ciel ouvert, n’attendait plus une simple tournée d’un membre du gouvernement. Il en est trop  : chaque passage d’une autorité, qui qu’il soit, sur cette voie, ressemble fort bien à du sarcasme de mauvais goût. Il en est de même pour l’axe Kelo-Pala-Léré-Frontière Cameroun devenu un projet d’affront.

Les écoles et les hôpitaux des différentes provinces visitées sont dans des états effrayants. Entre toilettes insalubres et morgues déshonorantes, le ministre Amir Kourda n’a malheureusement pas pris l’initiative de cartographier des insuffisances pour déployer des solutions durables, à l’abri des drones. Il a plutôt préféré tenter d’aborder ces multiples problèmes de manière atomisée. Mais jusqu’à quand  ?

Les usagers – ou potentiels usagers – des différents chantiers visités par le ministre et sa délégation pendant plusieurs jours n’attendent plus que des intentions de projets ou des instructions dites de fait dont les résultats sont connus d’avance. Mobiliser les ressources de l’État pour un pareil spectacle ne saurait contrarier les citoyens en soif de voir des édifices publics rénovés et des routes durablement construites.

Des réalités qui font froid au dos

La réalité des infrastructures au Tchad est marquée par des lacunes significatives. Les routes sont en mauvais état, rendant difficile l’accès aux marchés et aux services essentiels, surtout dans les zones rurales. Moins de 10  % des routes sont bitumées, avec beaucoup de difficultés de connexion entre les différentes régions. En plus, il y a un véritable problème d’accessibilité pendant la saison des pluies. À cela s’ajoutent les coûts de transport élevés. Le manque d’investissement dans les infrastructures est un problème chronique.  Les routes qui sont souvent impraticables pendant la saison des pluies isolent les populations et rendent difficile le transport des marchandises.

Le Tchad se retrouve ainsi à la place 90 du classement mondial. Il faut également tenir compte de la densité de population du pays, qui est très faible avec environ 15 habitants par km². Les distances à parcourir pour atteindre les régions les plus reculées du pays sont donc proportionnellement plus longues. Au total, il n’y avait que 1,12 millions véhicules au Tchad en 2016, soit environ 0,06 par habitant, selon des données du site donnéesmondiales.com.

Avec une moyenne de 4.435 morts par an (2015 – 2019), la circulation routière au Tchad est considérée comme assez dangereuse. Cela correspond à environ 29,0 morts par accident pour 100.000 habitants et par an.

Pour mettre fin au « m’as-tu-vu » de certains ministres, le chef de l’État maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, qui évaluera la première année de son mandat quinquennal dans quelques semaines, doit imposer un mécanisme axé sur les résultats, à la taille des frais défalqués dans le trésor public pour ces descentes de terrain.

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