Aide humanitaire au Tchad : pourquoi détourne-t-on la solidarité

Le 19 août 2025 a marqué la célébration de la Journée mondiale de l’aide humanitaire au Tchad. Sans tambour battant, cette journée pleine de sens a été célébrée sans ambition de mise en scène médiatique pour des raisons que seuls les auteurs en question savent. Pourtant, elle aurait pu être l’occasion de magnifier les sacrifices énormes des acteurs humanitaires au Tchad, étant donné que les besoins des populations sont criants.

Les réalités humanitaires sont là. À l’est, le Tchad compte plus d’un million de réfugiés soudanais. Ceux-ci survivent dans des conditions précaires, encore que l’épidémie de choléra soit entrée dans la bergerie. À N’Djaména et dans d’autres parties sud, il faut faire mention d’autres réfugiés ayant fui les violences au Cameroun et qui sollicitent protection. Partout, les inondations de 2024 ont engendré un déplacement des familles entières. La vulnérabilité a siégé finalement au Tchad. Face à cette accumulation de crises humanitaires, l’aide humanitaire est censée constituer un filet vital. En tout cas pour toute âme sensible aux malheurs des hommes. Or, des scandales de gestion éclaboussent le ministère de l’Action sociale, de la Solidarité et des Affaires humanitaires, avec à la clé suspensions et remplacements de cadres, signes que le mal est profond. Si des administrateurs prennent plaisir à bouffer des fonds et des vivres alloués pour secourir les ayants droit, l’on se demande si la morale est mise en quarantaine.

Ces comportements, somme toute véreux, ne sont pas de simples « irrégularités ». Bien au contraire, ils traduisent, à n’en point douter, un cynisme coupable qui prive les plus démunis de leur droit élémentaire à l’assistance, même offerte gratuitement par des ONG et d’autres instances de la même espèce. Pire, ils risquent de décourager les partenaires internationaux, qui, curieusement, voient leur aide dévoyée systématiquement. Cette opacité est lamentablement un luxe dangereux que le Tchad ne peut plus se permettre.

L’urgence, c’est d’assainir la gestion de l’aide humanitaire à travers notamment la transparence, la redevabilité et des sanctions exemplaires et sérieuses. La prédation a été longtemps expérimentée mais sans résultats. Il faut changer de méthode pour le plus grand bonheur des Tchadiennes et des Tchadiens réellement victimes des aléas d’ordre divers. Car détourner l’aide, c’est détourner l’espoir de milliers de familles dont la survie dépend de cette solidarité.

Par Nathaniel MOUNONE

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