Les dernières actualités politiques du Sénégal prouvent à suffisance que le tandem Sonko-Diomaye n’est pas le fruit du hasard, mais peut-être, doit-on le dire à demi-mot, un calcul politique savamment orchestré. Mais jusqu’à quand ?
Pour un petit rappel, l’emprisonnement d’Ousmane Sonko en 2023, Bassirou Diomaye Faye est devenu, brusquement, le visage légal et institutionnel du projet Pastef. Cette alliance, aujourd’hui qualifiable de fait, a permis au mouvement de survivre et de conquérir le pouvoir malgré la répression du régime impopulaire de Macky Sall.
Après la curée du 8 novembre dernier d’Ousmane Sonko, le président Diomaye Faye peine à se retrouver. Sa souveraineté se noie dans la vague de soutiens des influents ténors du Pastef dont bénéficie son premier ministre. La lettre du président Diomaye Faye sur la restructuration de la coalition “Diomaye Président” publiée le 11 novembre dernier a suscité une réponse prompte et ferme du PASTEF – Les Patriotes. En toile de fond, une lutte silencieuse pour le contrôle du projet politique issu de la victoire de mars 2024.
En effet, le vent de cohésion qui semblait souffler depuis l’élection de mars 2024 entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko semble connaître ses premières turbulences, visiblement alertées depuis un peu plus de deux mois. Le chef de l’État sénégalais, pour ce qu’on peut l’appeler en ce moment, est animé de cette manœuvre inappropriée de donner un nouvel élan à l’alliance politique qui l’a porté au pouvoir. La stratégie politique est là. Vouloir rendre la coalition « plus opérationnelle », « mieux structurée » et « au service de la vulgarisation positive de l’action du gouvernement » n’est rien d’autre que l’envie de tout contrôler et de tenir Sonko à l’écart de toute gouvernance, politique ou publique. Un jeu brutal et extrêmement risqué pour Diomaye. Car, même après son éloignement institutionnel, Ousmane Sonko demeure le leader politique le plus populaire de l’Afrique entière et continue de séduire la jeunesse et les partenaires du Sénégal. Que Diomaye voit son autorité diluer dans le charisme de Sonko, c’est à lui de savoir lâcher prise et de coopérer sérieusement pour le temps qu’il est encore à la tête de ce pays.
Aussi, pour l’image d’un Sénégal en voie d’émergence, avec la nouvelle relance économique du gouvernement de Sonko, le président Bassirou Diomaye Faye doit humblement accepter la mise au point d’autorité du Pastef. C’est une question de « foi politique » et de la loyauté autour de leur alliance. Puisqu’être candidat de la coalition ne signifie pas qu’il en est le président. S’arroger de l’élégance de démettre Aïssatou Mbodj et par-dessus tout, d’imposer une nouvelle direction est une provocation. Si lui, Diomaye, grisé par le pouvoir, cherche à marginaliser Ousmane Sonko, c’est à son propre péril. La vérité, c’est que Sonko et Diomaye sont face à deux légitimités : celle du peuple sénégalais et celle de l’État. Par conséquent, il est de bon aloi que le Pastef préserve coûte que coûte son autonomie vis-à-vis de la présidence de la République, au risque de se dissoudre dans l’appareil d’État.
Le jour où le nouveau “Diomaye Président” sera modifié, comme le souligne le Pastef dans son communiqué, pourrait être aussi la fin de cette passe d’armes. Ousmane Sonko n’est pas habitué aux compromis, et Bassirou le sait bien.

