Noël 2025 : les évêques appellent les Tchadiens à bâtir une réconciliation nationale authentique

Comme à l’accoutumée à l’approche des fêtes de fin d’année, les pasteurs catholiques réunis au sein de la Conférence épiscopale du Tchad (CET) adressent un message à la population tchadienne. Ce vendredi 12 décembre 2025, le Message de Noël 2025 a été rendu public sous le thème : « Pour une véritable réconciliation nationale ».

Ce message trouve son fondement dans la Bible, notamment dans la lettre de saint Paul adressée aux Corinthiens : « Nous sommes […] les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous vous en supplions au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Selon les évêques, ce thème avait déjà été abordé dans le Message de Noël de 2009, dans un contexte marqué par des violences. Aujourd’hui encore, le Tchad demeure confronté à des actes de violence qui déchirent et divisent les Tchadiens.

Pour parvenir à une véritable réconciliation nationale, les évêques soulignent qu’il s’agit d’un long processus exigeant. La réconciliation suppose que les Tchadiens se supportent les uns les autres et se pardonnent mutuellement sur la base de l’amour. Comme ils le rappellent : « le Seigneur vous a pardonnés : faites de même. Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait » (Col 3, 13-14).

Les pasteurs catholiques insistent sur le fait qu’une réconciliation authentique ne peut être dissociée de la vérité, de l’amour, de la justice et de la paix. Elle vise aussi « la restauration des relations entre les hommes au moyen de la résolution des différends et la suppression des obstacles à leurs relations grâce à leur expérience de l’amour de Dieu » (Africae Munus, n° 20). Au-delà de la résolution des désaccords, la réconciliation engendre également la guérison des blessures. Elle repose sur plusieurs étapes essentielles : surmonter les injustices et les souffrances subies, écouter l’autre et tenter de comprendre son point de vue, présenter des excuses sincères et s’engager à changer afin d’éviter la répétition des mêmes erreurs.

Cependant, malgré la volonté affichée d’une réconciliation véritable, les évêques estiment qu’un mur se dresse encore comme obstacle. Ils rappellent que le Seigneur déteste « le regard hautain, la langue menteuse, les mains qui versent le sang innocent, le cœur occupé de projets coupables, les pieds qui s’empressent de courir au mal, le faux témoin qui ment comme il respire, et l’homme qui déclenche des querelles entre frères » (Pr 6, 16-19).

Selon eux, le premier obstacle à la réconciliation nationale se situe au niveau social. Un climat de méfiance s’est installé entre les Tchadiens en général, et entre les groupes ethniques et religieux en particulier. Les clivages Nord-Sud ou musulman-chrétien continuent de se développer. Le pays est régulièrement le théâtre de conflits intercommunautaires et de tensions entre éleveurs et agriculteurs, causant de nombreuses pertes en vies humaines.

Les évêques dénoncent également l’exclusion de certains citoyens des postes de responsabilité et des services publics, la spoliation des terres des premiers occupants au profit des plus forts, la tentative d’imposer un code pastoral déjà jugé anticonstitutionnel, ainsi que la répartition inégale des ressources nationales. Autant de facteurs qui entretiennent les inégalités et révèlent un profond malaise au niveau national.

Un autre obstacle majeur relevé par les pasteurs catholiques est la résurgence de la pratique de la « diya ». Selon eux, cette pratique n’aboutit qu’à des réconciliations de façade, car elle n’implique pas réellement les parties concernées et s’apparente à un achat des consciences. « La vérité est ainsi occultée, les responsabilités ne sont pas situées et les victimes des violences n’ont souvent ni reconnaissance ni réparation », ont-ils affirmé.

La Conférence épiscopale du Tchad a également déploré la mise en place récente de certaines institutions, notamment le Sénat, le Parlement et les conseils provinciaux et communaux. Au lieu de renforcer l’État de droit, le pays ferait face, selon eux, à un déficit démocratique. En matière de justice, ils dénoncent l’absence d’une réelle indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis de l’exécutif, aggravée par l’application de lois particulières au profit d’intérêts égoïstes, les enlèvements extrajudiciaires et l’interdiction systématique des manifestations.

Les évêques rappellent enfin que construire la confiance demande du temps et des efforts constants. Le maintien d’un dialogue permanent est indispensable pour prévenir de nouveaux conflits et renforcer les relations. Ils soulignent que ce que les croyants confessent et célèbrent doit se traduire dans leur vécu quotidien, conformément à cet enseignement biblique : « lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Mt 5, 23-24).

En définitive, la réconciliation est la mise en pratique du commandement d’aimer son prochain. Aimer Dieu que l’on ne voit pas est indissociable de l’amour du prochain que l’on voit (cf. 1 Jn 4, 20). Les évêques interpellent ainsi tous les citoyens, individuellement et en communauté, à poser des actes concrets traduisant la volonté des Tchadiens de se réconcilier, dans la reconnaissance de l’égalité en dignité. Cette réconciliation ne pourra être effective que dans la vérité, le respect des différences, le pardon donné et accepté, la justice et la culture de la paix.

Par ILLETEGUI SAMGUE Thomas

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