Lac Léré : un désastre annoncé

L’histoire de la ville de Léré, chef-lieu du département de Lac-Léré dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, ne se raconte pas sans son lac, un grand bassin du Mayo Kebbi. S’il était autrefois réputé pour sa riche faune aquatique, le lac-Léré fait face aujourd’hui à un rétrécissement énorme. Il perd d’années en années son titre de site de défense de pêche ainsi que ses paysages lacustres magnifiques en dépit des zones de défense de pêche placées sous l’instance locale d’orientation et de décision du lac-Léré.

Vers les années 1994, le lac-léré avait une profondeur de 12,50 m. Aujourd’hui, le bassin connait une diminution drastique avec une profondeur actuelle de 7,50 m. « C’est un grand problème pour nous les autochtones de Léré, le lac est en danger », s’inquiète l’ancien guide, Adamou Mahamat. Ce rétrécissement est causé en grande partie par les activités humaines au bord du lac. Le guide, Adamou Mahamat, pointe du doigt la fabrication des briques, la culture maraîchère, le feu de brousse en amont du lac, entre autres causes.

Les espèces aquatiques dont regorge le lac subissent les effets de ce changement du niveau d’eau. Les pêcheurs constatent une disparition progressive de certaines espèces aquatiques, et notamment la rareté des poissons. « Il n’y a plus de poisson à Léré. C’est fini. Avant, avec 500 francs, tu pouvais trouver des bons poissons. Mais de nos jours c’est impossible », témoigne une ménagère. « J’ai travaillé avec un Blanc en 1997. Nous avions mesuré le lac-léré de Tréné (côté est) jusqu’à Pouhémé (côté ouest). Ce dernier m’a dit : « Adamou, d’ici 35 ans on n’aura plus le lac, sauf les mares, et toutes les espèces vont disparaître », confie l’ancien guide.

Face à cette situation, aucune action concrète de maintien du niveau du lac ou même son élargissement n’est envisagée. « Lorsqu’on travaillait avec la GIZ, on avait évoqué ce problème. La GIZ a demandé le reboisement du lac – Léré en plantant des arbres autour du lac, mais cela n’a pas abouti », témoigne Adamou Mahamat. « Nous sommes en collaboration avec les services techniques au niveau local par l’entremise de l’ILOD (les Instances Locales d’Orientation et de Décision) qui rend compte à l’État », informe-t-il.

Le débat autour de la disparition du lac -Léré doit dépasser le niveau local. La crise climatique est réelle et l’économie locale en prend fatalement un coup. Le ministère de l’Environnement, de la Pêche et du Développement ainsi que les partenaires doivent s’investir davantage pour préserver ce patrimoine.

Par Nathaniel MOUNONE

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