Les ressorts cachés de la déflation tchadienne

En 2025, le Tchad a enregistré une situation de déflation (-2,6 %). Ce qui marque une rupture nette avec la dynamique inflationniste observée en 2024, où le taux d’inflation s’était établi à 5,7 % selon le rapport de la CEMAC publié en juillet dernier.

La déflation observée en 2025 s’explique principalement par la baisse des prix des produits alimentaires et boissons non alcoolisées (-3,6 %) et par le recul significatif des coûts du transport (-13,2 %). Ces deux postes, fortement pondérés dans le panier de consommation, ont joué un rôle déterminant dans la contraction du niveau général des prix, confirmant le caractère structurellement alimentaire et logistique de la dynamique des prix dans l’économie tchadienne.

Impact de la production agricole et des politiques publiques

La baisse de 3,6 % en 2025 intervient après une hausse marquée de 8,1 % en 2024. Elle reflète avant tout un choc positif d’offre, consécutif à une bonne campagne agricole 2024-2025, qui a permis un relâchement des tensions sur les marchés. La diminution des prix des pains et céréales (-11,8 % contre 12,4 % en 2024) illustre ce mécanisme. À ce facteur s’ajoutent des mesures de politique économique ciblées, notamment les exonérations fiscales sur les denrées essentielles.

Par ailleurs, la modération de la demande intérieure, liée en partie à la réorientation de certaines aides extérieures, a accentué ce mouvement de baisse. Le recul des prix du transport (-13,2 % en 2025, après 25,5 % en 2024) s’inscrit dans une logique d’ajustement après un choc inflationniste antérieur. La forte baisse des tarifs du transport routier de passagers (-37,3 % après 45,6 %) traduit un effet de correction amplifié par des mesures de soutien public.

 

Toutefois, la déflation globale a été partiellement compensée par une hausse marquée des coûts de la fonction « logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles » (19,4 % en 2025, après -13,4 % en 2024). Ce retournement reflète principalement un effet de base et un ajustement tarifaire consécutif à la levée de mesures exceptionnelles de soutien mises en œuvre en 2024 (tarification symbolique de l’eau et de l’électricité). Il s’agit donc moins d’une pression inflationniste autonome que d’un retour à des niveaux de prix plus conformes aux fondamentaux économiques.

L’analyse selon la volatilité des produits confirme cette dynamique. Les produits frais reculent de 7,0 % en 2025, après une hausse de 9,0 % en 2024, traduisant l’amélioration de l’offre agricole. À l’inverse, les prix de l’énergie augmentent fortement (24,7 % après -7,8 %), en lien avec la fin des mesures de soutien tarifaire.

Cette situation pourrait être renversée en 2026 à cause de la faiblesse des précipitations inquiète de plus en plus les producteurs.

Par Nathaniel MOUNONE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!