Les chefs d’État et de gouvernement se retrouveront à partir de mardi 22 septembre à New York pour le débat général de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Les prises de parole se poursuivront jusqu’au 28 septembre. La semaine de haut niveau comprendra également des rendez-vous consacrés au climat et à la transition juste le 23 septembre, à la montée du niveau des mers le 24 et à la prévention des pandémies le 25 septembre. Elle est placée sous le thème « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous ».
C’est un rituel diplomatique planétaire. Les « chefs du monde », si l’on n’en abuse, se retrouvent à New York pour parler des « peuples » et non des « puissants ». La 81ᵉ session de l’Assemblée générale de l’ONU, qui s’ouvre ce mardi 22 septembre 2026 à New York, comme celle précédente, se tient encore sous tension diplomatique. Partout dans le monde, la paix est menacée. Le climat de refonte globale des règles économiques, financières et technologiques est palpable au point. Mieux c’est.
Durant une semaine de débat général, les plus puissants du monde, eux, se succéderont à la tribune des Nations unies pour défendre des guerres qui ne profitent qu’à eux-mêmes. Les mêmes qui financent la guerre entre la Russie et l’Ukraine condamneront les horreurs au Moyen-Orient. Les mêmes qui ont enlevé de façon arbitraire Nicolas Maduru vont blâmer les régimes militaires dans l’espace de l’AES. Comme s’ils détenaient, eux, la légitimité du mal. C’est la poursuite du désordre mondial.
Les États africains sont habitués à aller parler des problèmes des autres au détriment des leurs. Ils traitent des thématiques plus complexes que la confiscation de nos terres, la déstabilisation de nos États par les autres, l’injustice climatique, le financement du terrorisme, etc. Pour cette 81ᵉ assemblée générale, nous espérons qu’ils se réveilleront cette fois-ci. Car l’heure n’est plus aux simples doléances, mais à l’affirmation stratégique. Il faut cesser de considérer l’Afrique comme une pleine garde à la tribune de l’ONU. L’Afrique mendiante aux yeux du monde. L’Afrique incapable…
Le dossier le plus brûlant dans les couloirs onusiens pour les Africains cette année est la finance internationale et la dette. Les diplomaties africaines doivent revenir à la charge pour exiger une refonte en profondeur de l’architecture financière mondiale. En ligne de mire notamment le coût exorbitant des emprunts pour les pays en développement, largement alimenté par des notations de crédit souverain souvent jugées injustes. Ce biais pourrait par exemple être rectifié par des initiatives telles que l’Africa Credit Ratings Initiative. Admettons-le une fois pour toutes, la restructuration de la dette publique apparaît plus que jamais comme un préalable vital pour libérer des marges budgétaires indispensables aux investissements dans les infrastructures et l’éducation en Afrique.
Un autre sujet, c’est aussi la souveraineté numérique et l’intelligence artificielle. Oui, l’Afrique doit cesser d’être une simple spectatrice face à cette révolution. La « transformation » voulue par l’agenda de l’ONU doit trouver un écho aigu en Afrique. C’est possible. Toute la matière existe. Les bonnes questions seront par exemple : qui possédera les infrastructures de l’intelligence artificielle ? Qui tirera profit des immenses réserves de données et du dynamisme de la jeunesse africaine ? La vérité, c’est que l’Afrique ne saurait être suffisamment souveraine si ses données sont logées ailleurs. C’est juste un exemple parmi tant d’autres.
Alors que les impacts du changement climatique continuent de frapper durement le continent (des rives du Sahel aux zones côtières menacées par la montée des eaux), la voix de l’Afrique doit réclamer à cor et à cri des actes concrets. Les dirigeants africains sont appelés à se rappeler surtout que le continent, qui ne porte qu’une responsabilité minime dans les émissions globales de gaz à effet de serre, subit les contrecoups les plus violents des chocs climatiques. L’accès effectif aux financements promis pour l’adaptation et l’atténuation demeure la pierre d’achoppement de toute « transition juste ».
Sur le plan sécuritaire, les discussions devront se focaliser sur le nexus complexe entre crises climatiques, pressions sur les ressources et foyers d’instabilité, notamment dans la région sahélienne et la Corne de l’Afrique.
Les pays africains continuent de dénoncer un anachronisme persistant dans la gouvernance mondiale et réclament une place permanente à la table des grandes décisions internationales, conformément au Consensus d’Ezulwini.
L’Afrique doit aborder donc cette 81ᵉ session avec une certitude. Elle n’est plus seulement là pour s’adapter à un monde en mutation, mais bien pour contribuer à façonner le monde de demain.
Par Nathaniel MOUNONE

