Attendu sur le terrain de la rancœur après son départ de la tête de la diplomatie tchadienne, Abdoulaye Sabre Fadoul a pris tout le monde à contre-pied. Dans un discours de adieux ce 22 septembre 2026, empreint de sérénité, l’ancien ministre a préféré livrer une réflexion profonde sur les pesanteurs parfois invisibles qui freinent la conduite des actions gouvernementales avant de passer le témoin à Ahmat Kogri au milieu de dossiers brûlants.
C’est un discours de départ qui a duré à peu près un quart d’heure. Abdoulaye Sabre Fadoul, qui n’est pas un babillard, a cette fois-ci pris du temps pour dresser un discours structuré, d’un ton décomplexé, avec des mots minutieusement choisis. Alors que des spéculations sur les raisons de son départ à la tête de la diplomatie ont très vite enflammé la toile, l’opinion s’attendait plus ou moins à un Abdoulaye Sabre Fadoul contrarié et vexé. Rien de tel sentiment n’a été remarqué.
L’ancien ministre des Affaires étrangères a préféré employer des termes forts tels que soulagement, départ sans amertume et sans regret, ou encore tranquillité de conscience. La profondeur de ces expressions traduit l’immensité des responsabilités qu’il a assumées dans un contexte budgétaire exigu, qu’il avait lui-même courageusement décrié devant le Sénat.
L’humilité face au bilan
Si cette raison avait contribué à son « licenciement », il n’est plus difficile de comprendre les raisons pour lesquelles il s’est excusé de présenter le bilan de ses un an, sept mois et 15 jours à la tête de ce département ministériel hautement stratégique mais savamment négligé dans le panier gouvernemental. « Il n’y a pas assez de recul – pour être objectif – quant aux réalisations qui ont été accomplies. Il serait déplacé de nous mettre à égrener les actions qui ont été accomplies et je préfère que ce jugement soit fait d’abord par Dieu, ensuite par celui qui m’a nommé puis par le peuple tchadien », a déclaré Abdoulaye Sabre Fadoul. Ce désistement ne saurait traduire forcément le manque d’initiative et d’agenda. Pour avoir été ministre des Finances, ministre SGG et directeur de cabinet du Président de la République, Abdoulaye Sabre a une parfaite maitrise de la conduite des actions publiques alignées sur une stratégie budgétaire transparente et sans heurt. Lui faire un procès en incompétence serait pure prétention ; le mal est manifestement ailleurs.
Le baptême du feu pour Ahmat Kogri
Son successeur, Ahmat Kogri, grand commis de l’État, pour qui Abdoulaye Sabre Fadoul réitère toute sa prière, devra avoir des épaules larges pour relever les défis qui l’attendent. Son premier baptême sera donc celui de s’arranger par tous les moyens pour représenter le chef de l’État à la 81ᵉ session de l’Assemblée des Nations unies. S’arranger car les travaux de cette session ont démarré depuis plus d’une semaine sans une représentation consistante de la diplomatie tchadienne. Le Tchad y vient avec un grand retard. Ce qui ne serait pas sans conséquences sur sa politique étrangère.
Ensuite, le ministre Ahmat Kogri, très discret mais efficace, est interpellé sur une situation tout aussi cruciale, à savoir les conditions de vie et de travail des diplomates tchadiens longtemps critiquées et pour lesquelles son prédécesseur affirme n’avoir pas eu les moyens nécessaires de les résoudre. C’est une patate chaude qu’on ne peut ni jeter, ni avaler, mais gérer selon son génie. « Si mon départ devait permettre simplement de débloquer cette situation, alors ce sera effectivement le plus grand bien qui puisse arriver à ces serviteurs de l’État », a laissé entendre Abdoulaye Sabre Fadoul.
Le Président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, œuvre sans relâche pour le rayonnement de la diplomatie tchadienne. Il y tient fermement et les résultats sont concrets. Mais encore, faudra-t-il que cet engagement au plus haut sommet de l’État soit fortement accompagné par des moyens de toute nature. Alors, les petites bisbilles au sein du gouvernement doivent laisser place à la conduite des bonnes actions pour le plus grand bonheur des Tchadiens. Chaque membre du gouvernement doit jouer pleinement son rôle à la limite de son espace de pâturage.
Par Nathaniel MOUNONE

