Au Tchad, le 20 octobre 2022, une manifestation des militants du parti Les Transformateurs, a été violemment réprimée par les forces de l’ordre. Cette violente répression aurait fait 73 morts selon le gouvernement tchadien. Mais l’opposition et la société civile évoquent un bilan de plus de 300 morts.
Quatre ans après le désormais tristement célèbre “Jeudi noir”, aucune enquête n’a été ouverte et les victimes attendent toujours justice et réparation. La promulgation en novembre 2023 d’une loi d’amnistie couvrant les événements sanglants du 20 octobre 2022.
Cette amnistie a permis au Président du parti Les Transformateurs d’accéder à la primature. Depuis leur soutien au pouvoir, les victimes de cette manifestation ne reviennent plus dans les discours officiels de Succès Masra. Il les esquive et met plutôt en avant sa vive volonté d’intégrer le gouvernement. Un contraste qui laisse perplexe et un signal fort lancé à la jeunesse tchadienne : privilégier le dialogue en lieu et place des actes de violence derrière un homme politique.
Avant la dissolution de Wakit-Tama, Max Loalngar qui en était le porte-parole, avait dénoncé cette posture du parti Les Transformateurs en 2024 sur Deutsch Welle « Combien de nos camarades sont tombés et qui sont les coupables de ces meurtres du 20 octobre 2022. Amnistier c’est décider de faire table rase du passé pour construire un avenir plus radieux. Comment est-ce possible de construire l’avenir si le passé n’est pas maîtrisé et connu ? » s’était-il interrogé.
Les discours enflammés ont cédé la place aux réunions de cabinet, et les martyrs de réclamation sont devenus les grands absents du roman national. Le 20 octobre 2022 devait marquer le tournant d’un Tchad nouveau ; il n’aura finalement servi que de tremplin pour de nouvelles carrières. Reste une certitude : si la loi d’amnistie a blanchi le présent, elle n’a pas guéri les plaies du passé. L’histoire, elle, n’amnistie jamais.
Par Nathaniel MOUNONE

