La lutte contre la corruption au Tchad ressemble de plus en plus à un combat de David contre Goliath. Sauf qu’ici, les géants ne sont autres que des corrupteurs à la peau blanche, plus puissants que l’État lui-même.
Le mal est connu. Le diagnostic est posé. Le Président de la République, le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, a fait de l’assainissement de la gouvernance son grand cheval de bataille. Mais à chaque pas, ses efforts se heurtent à des réseaux d’une violence rare.
La scène dramatique qu’a offerte l’Agence nationale de sécurité de l’État (ANSE) aux responsables de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC), encagoulés, menottés, brutalisés puis humiliés alors qu’ils accomplissaient normalement leur mission au sein de la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT), devenue la vraie caverne d’Ali Baba, est une preuve qu’il y a des institutions ici au Tchad dont la simple évocation de leur nom pourrait conduire à la guillotine.
Cette brutalité est d’autant plus infâme qu’elle ne soit qu’une simple rivalité des princes ou des princesses. Elle en dit long sur le caractère sélectif que les uns veulent donner à l’AILC pour contrôler en l’occurrence l’agent du peuple sous les protections consacrées par les articles 4, 5 et 10 de l’ordonnance nº 07/PT/2023 du 1ᵉʳ août 2023 portant création de l’AILC, l’article 51 du décret 1816/PR/2024 régissant son fonctionnement. Une démonstration de force destinée à rappeler que certains territoires échappent au contrôle de la loi, protégés par des paravents.
Derrière ce piège tendu par l’ANSICE, proche d’une curiosité qu’on réserve au meilleur ennemi, soulève un masque, celui de comprendre que la SHT cache des informations compromettantes. Un usager en règle n’a pas peur du policier. Un gestionnaire irréprochable ouvre ses portes ; un gestionnaire trempé dans les magouilles sort les matraques.
Le couperet est tombé. Seul un arbitrage direct du Maréchal pourra faire sauter les verrous de la SHT, nettoyer les écuries et redonner une once de crédibilité à une institution aujourd’hui humiliée.
La Rédaction

