La facture électronique normalisée : un casse-tête pour les contribuables

La Direction générale des impôts (DGI) a rappelé aux contribuables l’obligation d’exiger la Facture électronique normalisée (FEN). Une information publiée par nos confrères de MRTV. Le message est clair, direct, quasi menaçant : « Fiscalité : la Direction générale des Impôts rappelle aux contribuables l’obligation d’émettre et d’exiger des factures électroniques normalisées (FEN). »

Dans la pratique, l’État veut faire rentrer l’impôt, tout l’impôt, et la FEN est son arme numérique pour y parvenir. Une innovation à saluer mais totalement hors du contexte technique du Tchad où toutes les conditions sont réunies pour que les solutions numériques ne prospèrent jamais. Et la rédaction pèse ses mots.

Derrière cette injonction administrative, la réalité du terrain est donc toute autre. Elle sonne comme un déclencheur, qui expose, pour le moins qu’on puisse dire, le fossé grandissant entre les ambitions de modernisation de l’administration affichées par les poulains de Tahir Hamid Nguilin et les difficultés empiriques et palpables des opérateurs économiques. Car, si la Direction générale des impôts tape du poing sur la table, cela ne signifie rien si les opérateurs censés utiliser ce service sont sous-informés, très peu sensibilisés et difficilement connectés à internet. Loin de nous l’idée de minimiser l’intelligence des Tchadiens, la FEN n’est pas la solution de notre temps. Il faut regarder la vérité en face sans se targuer du copier-coller orgueilleux.

Ce que le ministère des Finances appelle avancée technologique ressemble de plus en plus à un obstacle insurmontable. Le premier obstacle est technique. Pour émettre une FEN, il faut une connexion Internet. Il faut aussi du courant électrique. Or, les coupures d’électricité au Tchad sont fréquentes. Du moins pour des zones qui bénéficient de ces photos des poteaux électriques. Nous nous réservons d’évoquer le cas dans les provinces du pays où le seul fournisseur d’électricité est le groupe Tiger alors que le ravitaillement en carburant est très faible. La logique, c’est que sans réseau, la vente s’arrête. Le commerçant se retrouve bloqué. Le client, lui, attend.

Le deuxième problème concerne les coûts. Il faut s’adapter à la demande de l’argent. Il faut acheter des ordinateurs, des machines et former le personnel. Pour une grande entreprise, c’est possible. Pour une petite boutique, c’est une charge très lourde.

Aussi, il ne faut pas perdre de vue le secteur informel qui occupe une place immense dans l’économie tchadienne. Par conséquent, les vendeurs ont raison de craindre ce nouvel outil. Le phénomène d’une taxe de plus, mais pas d’une aide est là.

​La numérisation est une bonne chose, certes. Le Tchad doit avancer avec son temps, croient les financiers tchadiens. Mais une réforme réussie doit être pratique. Sans Internet stable et sans accompagnement des petites entreprises, la FEN devient purement et simplement un casse-tête et non une solution.

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