Mayo-Kebbi ouest : le Délégué général s’érige en percepteur et scandalise les élus

La cacophonie autour de la mise en œuvre de la nouvelle politique de décentralisation, vœu cher au Maréhal Mahamat Idriss Deby Itno, est devenue un sport roi dans la province du Mayo-Kebbi Ouest.  Le délégué général du gouvernement auprès de la province de ladite province a, par une correspondance datée du 29 août 2026, mis en demeure les téléphonies mobiles Moov Africa et Airtel Tchad par rapport au paiement des taxes et redevances sur les pylônes installés dans la province.

Selon la correspondance que nous détenons copie, le montant total de 83 200 000 francs CFA pour chaque opérateur couvre les exercices de 2019 à 2026. Le contrôleur général de la police 2ᵉ grade accorde un délai de 30 jours à Airtel et Moov Africa à compter de la réception de la lettre pour s’acquitter de la totalité de la somme due. La correspondance a été envoyée aux concernés par voie d’huissier le 31 août 2026 à 14 h 35 mn. Le DGG s’est fait représenter, selon le procès-verbal que nous avons consulté, par son conseiller économique, Biakmo Pambro.

Obliger ces deux duopoles à verser cette somme ne pose pas de problème. C’est une obligation pour eux. Le hic, c’est l’accaparement unilatéral du DGG de cette affaire qui semble suspicieux.

Les textes sur la décentralisation en République du Tchad sont clairs. La gestion des redevances et des taxes locales revient aux communes et aux conseils provinciaux, pas aux représentants directs de l’État central. Le rôle d’un délégué général du gouvernement est avant tout de veiller à la sécurité et à l’ordre public.

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Entre les autorités locales, le conflit autour de la décision du délégué général du gouvernement est papable. « Il nous a court-circuités, nous les préfets et sous-préfets », hurle un sous-préfet. « La moindre chose en administration, c’est au moins de nous en tenir informés. « Nous ne refusons pas que les téléphones mobiles respectent leurs engagements, mais nous dénonçons l’opacité qui rôde autour de cette démarche », poursuit-il.

Un responsable de la mairie de Pala nous confie : « Le délégué ne veut associer personne à ces choses et c’est déplorable. » Pour lui, le service de domaine devrait normalement être saisi au préalable.

Justement à la direction de domaine, la surprise est réelle. Un inspecteur du domaine tranche. « Il ne revient pas du tout au délégué de réclamer ces redevances mais plutôt au président du conseil provincial compte tenu des retards accusés par les opérateurs ».

Le président du Conseil provincial que nous avons contacté par téléphone se dit n’avoir pas du tout informé de la correspondance du DGG. « Je l’apprends par vous », nous répond-il.

Cette décision en solitaire crée des tensions inutiles sur le terrain. Les opérateurs économiques se retrouvent pris au piège d’un conflit de compétences.

Face à ce mélange de rôles, le ministre de la Décentralisation est interpellé. Il doit d’urgence siffler la fin de la récréation, rappeler chacun à l’ordre. Car, visiblement, malgré le séminaire sur la décentralisation et le forum de Moundou en juillet dernier, l’assimilation de la politique de décentralisation peine à être effective dans la province du Mayo-Kebbi Ouest.

Affaire à suivre…

Par Nathaniel MOUNONE

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