Dengue à N’Djamena : que fait concrètement la commune pour protéger les populations ?

Face à la situation épidémiologique liée à la dengue à N’Djaména, les efforts de la Commune de la Ville pour contribuer à freiner la propagation de la maladie sont de plus en plus visibles sur le terrain. Ces derniers jours, l’on constate l’intensification des opérations de lutte antivectorielle, marquée par une descente du maire de la Ville lui-même auprès des équipes mobilisées, afin de suivre et d’encourager le renforcement des interventions.

Pour mieux comprendre l’ampleur de cette mobilisation et les dispositions prises par la municipalité, nos équipes se sont rapprochées des services techniques de la Commune, notamment de la Direction de l’Assainissement, de l’Environnement et de la Santé (DAES).

Il en ressort que la Commune a engagé une stratégie municipale de lutte antivectorielle couvrant les dix arrondissements de la capitale. Cette démarche s’inscrit dans une dynamique de concertation et de coordination avec le gouvernement, particulièrement le ministère de la Santé publique et de la Prévention, dont les orientations sanitaires et l’accompagnement technique participent à l’organisation de la riposte.

L’objectif de la mairie est d’agir sur plusieurs fronts, en combinant pulvérisation, assainissement, suppression des gîtes larvaires, prévention et accompagnement sanitaire.

Des opérations de pulvérisation dans les dix arrondissements

Parmi les premières mesures engagées figure le déploiement des opérations de pulvérisation ciblée contre les moustiques adultes. Organisées principalement en soirée, ces interventions visent à réduire leur présence dans les zones identifiées comme prioritaires.

À cet effet, les services de la DAES ont procédé à un travail de repérage des espaces présentant des risques de prolifération des moustiques. Les quartiers d’habitation, les marchés, les établissements scolaires, les centres de santé, les mares, les bassins, les caniveaux et autres points de stagnation des eaux font partie des sites concernés.

Plusieurs grands marchés de la capitale sont notamment ciblés, parmi lesquels le Marché central, le Marché à mil, le Marché du Cinquantenaire, Al Afia, Al Afrah, Dembé et le marché aux poissons.

Le calendrier opérationnel établi le 19 octobre 2026 prévoit une progression successive dans les dix arrondissements. Après les premières interventions dans les 10ᵉ, 8ᵉ, 1er, 7ᵉ, 9ᵉ et 5ᵉ arrondissements, le programme doit se poursuivre dans les 4ᵉ, 3ᵉ, 2ᵉ et 6ᵉ arrondissements, avant une phase complémentaire de suivi et d’évaluation.

L’assainissement, un autre front de la lutte

Les moustiques responsables de la transmission de la dengue se reproduisent notamment dans les eaux stagnantes. La lutte contre leur prolifération implique donc de s’attaquer directement aux lieux susceptibles de favoriser leur développement.

Dans cette perspective, la Commune a mobilisé ses services de propreté et d’enlèvement des ordures autour de plusieurs interventions : évacuation des dépôts sauvages, enlèvement des déchets susceptibles de retenir l’eau, dégagement des caniveaux obstrués, nettoyage des marchés et assainissement des zones humides.

La stratégie prévoit également le traitement des gîtes larvaires qui ne peuvent être supprimés, ainsi que la vidange et la couverture des récipients susceptibles de retenir l’eau.

Une approche qui traduit la volonté de ne pas dissocier la lutte contre la dengue des enjeux plus larges d’hygiène et de salubrité publique.

Des moyens supplémentaires envisagés pour amplifier la riposte

Mais la Commune entend également renforcer son dispositif à travers plusieurs opérations complémentaires actuellement envisagées.

Parmi celles-ci figure notamment le recours à des drones agricoles de grande capacité pour effectuer des opérations de pulvérisation aérienne dans certaines zones prioritaires. Cette intervention devra être préparée en coordination avec les services du ministère de la Santé publique et de la Prévention, notamment pour la validation des produits, des doses, des conditions d’utilisation et des mesures de sécurité.

Une opération de pulvérisation intra domiciliaire est également à l’étude. Le dispositif prévisionnel prévoit la mobilisation de plus de 2 000 agents pendant vingt jours, avec une couverture des dix arrondissements. Les agents devraient bénéficier des produits nécessaires, d’équipements de protection individuelle et d’un encadrement technique adapté.

Dans le même esprit, un renforcement des opérations d’assainissement à grande échelle est envisagé. Le projet prévoit notamment la mobilisation de plusieurs bennes TP ainsi que de pelles chargeuses pendant une période prévisionnelle de trente jours. L’objectif serait d’accélérer l’enlèvement des dépôts sauvages et le nettoyage des espaces publics dans l’ensemble de la capitale.

La commune envisage également de soutenir le dépistage

Au-delà des interventions environnementales, un autre volet de la réponse municipale concerne le renforcement du dépistage.

D’après les informations recueillies auprès des services techniques, la Commune prévoit de mettre à la disposition des districts sanitaires et des centres de santé de la capitale des tests rapides de diagnostic de la dengue.

Cette initiative vise à faciliter l’identification précoce des cas suspects et à renforcer les capacités des structures sanitaires de proximité.

La mise à disposition de ces tests sera organisée en coordination avec le ministère de la Santé publique et de la Prévention, afin d’assurer leur répartition en fonction des besoins des structures sanitaires et leur utilisation conformément aux protocoles nationaux.

Une mobilisation qui appelle aussi à la responsabilité des citoyens

Enfin, les services municipaux accordent une place importante à la sensibilisation des populations. Car la lutte contre la dengue ne peut reposer exclusivement sur les interventions des équipes techniques. Elle nécessite également une implication quotidienne des citoyens.

Ménages, commerçants, responsables de marchés, chefs de quartiers, établissements scolaires et associations sont ainsi concernés par les actions de prévention.

Éliminer les eaux stagnantes, nettoyer régulièrement les récipients de stockage d’eau, éviter l’accumulation des déchets, protéger les habitations contre les moustiques et signaler les zones à risque sont autant de gestes qui peuvent contribuer à limiter la propagation de la maladie.

Une réponse municipale inscrite dans une dynamique nationale

Au terme de ces échanges, un constat se dégage : la Commune de la Ville de N’Djaména entend apporter une réponse qui associe lutte antivectorielle, assainissement, prévention et appui au dépistage.

Cette mobilisation, conduite en concertation avec le Gouvernement, s’inscrit également dans le prolongement des orientations du Chef de l’État. Lors de sa précédente réunion mensuelle consacrée au secteur de la santé, celui-ci avait instruit les différentes parties prenantes de prendre les dispositions nécessaires pour faire face à la situation sanitaire.

Si les équipes de la Commune interviennent sur le terrain, la réussite de cette lutte dépend également de l’engagement des populations.

Car la lutte contre la dengue ne se gagnera pas uniquement à travers les opérations de pulvérisation. Elle se jouera aussi dans les quartiers, les concessions, les marchés et les espaces publics.

À N’Djaména, la riposte est engagée. Elle appelle désormais à une mobilisation collective, durable et responsable.

Par Nathaniel MOUNONE

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