L’ombre de l’impunité : Est une lettre ouverte au Président de la République

Monsieur le Président de la République du Tchad,

C’est au nom des femmes et des filles du Tchad , organisations féminines et citoyennes, que je vous adresse ma deuxième lettre.

Cette lettre porte un cri de colère et de souffrance, mais aussi un appel sincère et urgent pour que la lumière soit enfin faite sur les injustices et violences qui gangrènent notre société.

Depuis trop d’années, nous vivons dans l’ombre de l’impunité. Une impunité qui se manifeste à travers des actes d’agression, de viols collectifs, de féminicides, et la persistance de violences sexuelles à l’encontre des femmes et des filles. Chaque jour, des vies sont brisées, des corps sont détruits, et des espoirs sont anéantis, pendant que des responsables restent dans l’ombre, protégés par un système qui semble se dérober à toute forme de justice. Chaque jour, nous assistons à des ateliers, des conférences et des discours sur la condition des femmes, mais derrière ces initiatives se cache une réalité de souffrance, de négligence et d’inaction gouvernementale.

Il est incompréhensible et inacceptable que des lois et des textes existants sur la protection des femmes soient ignorés, qu’ils ne soient ni appliqués ni renforcés. Les femmes du Tchad continuent de vivre dans une précarité constante, et chaque jour, elles risquent leur vie en silence, tandis que la question de la violence envers les femmes est reléguée au second plan.

Monsieur le Président, l’impunité des auteurs de violences sexuelles est un fléau que votre gouvernement doit traiter de manière urgente et décisive. En tant que chef de l’État, vous êtes directement responsable de la sécurité de vos citoyens, et ce silence, ces promesses sans suite, ces ateliers vides de contenu, sont une insulte à la dignité des femmes tchadiennes. Les textes sont là, mais leur application fait cruellement défaut.

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Nous vous rappelons que la condition des femmes ne peut plus être un sujet de discours mais une priorité d’action. Nous exigeons la ratification immédiate du Protocole de Maputo et la mise en œuvre des engagements internationaux que le Tchad a pris pour la protection des droits des femmes. Nous demandons également une réforme en profondeur des textes et lois relatives aux droits des femmes, pour qu’ils soient non seulement adaptés aux réalités actuelles, mais appliqués avec toute la rigueur nécessaire pour garantir la sécurité et l’autonomie des femmes.

Nous exigeons l’adoption rapide du Code de la famille qui protège véritablement les droits des femmes, particulièrement dans les domaines du mariage, de la filiation et de l’héritage. Nous exigeons des centres intégrés pour la prise en charge holistique des survivantes de violences, offrant des soins médicaux, psychologiques, juridiques et sociaux, avec un personnel formé et agréé pour accompagner les victimes sur le chemin de la guérison.

Nous demandons également l’instauration d’un numéro vert fonctionnel qui permette aux victimes de violences de signaler leur agression dans l’anonymat et en toute sécurité, ainsi que des mécanismes efficaces pour garantir leur protection et leur suivi.

La protection des filles et des femmes doit être une priorité nationale. Nous demandons la mise en place de mesures concrètes et non de promesses politiques. La création de véritables dispositifs de sécurité, notamment des brigades spéciales pour traiter les cas de violences sexuelles et de féminicides, et des actions visibles pour garantir à chaque fille et chaque femme qu’elles peuvent vivre sans peur dans leur propre pays.

Monsieur le Président, le temps est venu de transformer les paroles en actes. Nous, les femmes et les filles du Tchad, attendons de vous un engagement réel et tangible pour la justice et la dignité.

Dans l’attente de vos réponses et d’actions concrètes, nous restons fermes dans notre conviction qu’il est encore temps de faire changer les choses, avant que la situation ne devienne incontrôlable.

Les femmes et les filles du Tchad attendent votre action.

Par Épiphanie Dionrang

Militante féministe

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