C’est la rentrée administrative dans les écoles tchadiennes. Une de plus, direz-vous, oui. Mais celle de cette année 2026-2027 a un goût assez particulier.
Le décor est posé, sans commodité énorme. Le ministre de l’Éducation nationale, Dr Mahamat Ahmat Alhabo, l’a rappelé ce 31 août à l’occasion de la rentrée administrative : cette année, le mot d’ordre, c’est le bilinguisme. L’arabe et le français, côte à côte. Même volume horaire. Partout. Dans toutes les écoles du pays, On pourrait bien s’en réjouir, en temps normal. Qui ne voudrait pas apprendre une langue de plus ?
Sur le papier, l’idée est belle. Apprendre une langue de plus, c’est toujours une richesse. Personne ne peut nier cette évidence. Encore une langue comme l’arabe ou le français.
Dilemme, la réalité rattrape vite Alhabo sur le terrain. Il doit le savoir, nous l’estimons. C’est un grand administrateur, nous le croyons. Mais…
Faisons un tour dans les salles de classe. Au Sud du pays mais aussi au nord. Parce que les deux langues se jouent sur cette fibre territoriale, quoi qu’on en dise. Par exemple, beaucoup d’écoles n’ont tout simplement jamais vu un seul enseignant arabophone dans la partie méridionale du pays. Pas un. Alors une question toute simple se pose : comment enseigne-t-on l’arabe sans professeurs d’arabe ? Sauf un Saint-Esprit. Lui, Il est différent.
À quinze jours à peine de la rentrée des élèves, le miracle n’a pas encore eu lieu. Pas de vagues massives d’intégrations et d’affectations des enseignants. Pas de déploiement visible sur le territoire. Peut-être que le ministre dira : que les enseignants soient et les enseignants seront.
Sinon par quelle baguette magique le ministère va-t-il appliquer cette réforme d’ici deux semaines ? Où sont les effectifs formés ? Et surtout, comment garantir la même qualité de cours du Nord au Sud sans créer de nouvelles inégalités ?
Vouloir rapprocher les citoyens par les langues est une entreprise totalement noble. Le Tchad en a vraiment besoin. Le ministre a vu juste. Mais appliquer une mesure aussi lourde sans préparer le terrain, c’est prendre le risque de la transformer en coquille vide.
Entretemps, sur le banc des écoles, les élèves, eux, attendent toujours leurs enseignants, dans toutes les disciplines…
La Rédaction

