Suspendue par le délégué général du gouvernement de la province du Mayo-Kebbi Ouest, la convention locale de gestion du bétail dans le parc de Zah-Soo et le complexe de Binder-Léré suscite une vive polémique. Tandis que les autorités invoquent de mauvais fonctionnements financiers, les gestionnaires dénoncent une décision unilatérale profitant aux éleveurs au détriment de la conservation.
Le 9 octobre 2026, le délégué général du gouvernement auprès de la province du Mayo-Kebbi Ouest, le contrôleur général de police de 2ᵉ grade, Abdelmanane Katab, a suspendu par un arrêté la convention locale de gestion du bétail en divagation ou en pâturage dans le parc national de Zah-Soo et le complexe des aires protégées de Binder-Léré (CAPBL).
Dans cet arrêté dont nous détenons copie, le premier magistrat de la province du Mayo-Kebbi Ouest invoque, entre autres raisons, la « mauvaise gestion de ladite convention et le conflit autour de la gestion des fonds d’amendes qui en découlent.
Contactés par notre rédaction, un responsable du parc national de Zah-soo affirme avoir été surpris par l’arrêté de suspension du délégué général du gouvernement auprès de la province du Mayo-Kebbi Ouest. « Nous n’avions à aucun moment été informés officiellement de l’arrêté portant suspension de la convention. Un éleveur s’est présenté avec l’arrêté du DGG dans une fourrière pour demander la libération de son bétail, « nous confie le responsable sous couvert d’anonymat.
Pour lui, cette convention locale a permis de résoudre le problème d’envahissement illégal du bétail venant du Cameroun et du Nigeria. Plusieurs gérants de ces zones que nous avons contactés dénoncent en outre la complicité entre les autorités administratives locales et les éleveurs autour des intérêts qui tournent autour de la libération de ces bétails errant dans les aires protégées. « Ces éleveurs prennent le dessus sur la conservation parce qu’ils mettent de l’argent devant », nous confie un autre gestionnaire.
Pourtant, cette convention signée le 5 juillet 2025 par les différents responsables administratifs des cinq départements de la province et que nous détenons également copie, il est prévu que tout bétail domestique saisi soit conduit dans la fourrière administrative la plus proche. Chaque tête de bétail saisi est récupérée à une somme de 10 000 FCFA. 40 % de cette somme revient au Trésor public, 10 % à la direction de parc, 20 % à l’administration locale, 5 % à la police judiciaire, 15 % au chef de canton concerné et 5 % au sarkisanou (chargé de bétail dans l’administration locale) et enfin 5 % à la délégation provinciale de l’environnement.
Une réunion est convoquée par le général Abdelmanane Katab ce 28 octobre 2026 en vue de « revoir ladite convention » selon le message officiel nᵒ 083 scripté du DGG. Lobhet de cette séance serait surtout de toiletter cette convention afin de l’arimer au bon vouloir des éleveurs, nous confie une autre source du parc national de Zah-soo. » Si aujourd’hui on laisse les éleveurs faire ce qu’ils veulent dans le parc, comment pouvons-nous assurer notre mission face aux autres menaces ? » s’interroge notre interlocuteur.
Tous les regards sont désormais tournés vers Pala, où la réunion convoquée par le général Abdelmanane Katab s’annonce électrique. Les discussions du jour vont donc déterminer si la province choisit la voie de la préservation ou celle du laissez-faire.
Entretemps, le gouvernement est interpellé face à ce bras de fer afin de mieux prévenir les conflits entre les éleveurs et les gestionnaires des différents parcs que loge la province du Mayo-Kebbi Ouest, déjà menacée par la sempiternelle question d’enlèvement contre rançon.
Par Nathaniel MOUNONE

