Le « m’as-tu-vu » et le folklore ne tuent pas les moustiques. Ils ne soignent pas les malades non plus. N’Djamena est sous tension sanitaire. La dengue sévit et menace chaque jour la vie des habitants. Une situation d’urgence sanitaire qui nécessite une mobilisation générale. Partout, les communes d’arrondissement sont appelées à nettoyer les quartiers, désinfecter les marchés, les écoles et épauler les centres de santé. C’est la priorité du moment.
Dans le 1ᵉʳ arrondissement où des cas de dengue sont enregistrés en sus du choléra qui y avait fait rage en juillet et août dernier, la réalité est tout autre. Là-bas, ils ont organisé un festival culturel. Ils dansent la nuit, ils fêtent et ils crient dans un environnement complètement ordurier.
Faut-il vraiment en arriver là ? Le moment est-il vraiment opportun pour parader sous les projecteurs ? Entre-temps, la mairie centrale déploie ses services, un peu partout, pour enlever les pneus, nettoyer les lieux susceptibles d’héberger les moustiques vecteurs de la dengue. Où est parti donc l’esprit des actions coordonnées, cher à Senoussi Hassana Abdoulaye ?
Face à une épidémie de cette nature, on réoriente les budgets. Chaque franc doit servir la riposte, acheter des produits de désinfection, soutenir les hôpitaux ou centres de santé, ou assainir les caniveaux. Le folklore devrait attendre ou être ajourné.
Il est une évidence que la culture rassemble. C’est incontestable. Elle unit. Mais quel est le sens d’un festival quand la population demande du secours pour désinfecter ses ménages, ses rues, et bien d’autres actions ? Le ministre de la Santé publique avait pourtant été clair devant les députés : « Tant que la ville n’est pas propre, il y aura des épidémies », avait déclaré Dr Abdelamdjid Abderahim. Les moyens financiers engagés par la commune du 1ᵉʳ arrondissement pour ce festival auraient pu sauver des vies, rendre la ville propre et soulager des structures sanitaires au bord de l’asphyxie. Hélas ! On fête parmi les morts et la panique.
Le moment n’est pas réellement propice pour des concerts ou des parades. Les deuils sont là. La santé n’attend pas. Il faut tourner le dos au spectacle pour descendre enfin dans l’arène de la lutte sanitaire. C’est là l’urgence !
Par Nathaniel MOUNONE

