Le climat social dans les marchés et les artères de la ville de N’Djaména est souvent marqué par une exaspération croissante envers la police municipale. Des arnaques, intimidations, escroqueries et cas de tortures sont le lot quotidien des citoyens. Cette dérive sécuritaire, loin d’être un hasard, trouve ses racines dans un système de recrutement opaque et clientéliste au sein des communes d’arrondissement.
Les maires d’arrondissement recrutent en effet eux-mêmes, à leur niveau, des policiers municipaux sans aucune base de formation. Pourtant, ce corps paramilitaire est censé être bien outillé pour bien servir les populations. Dans les communes, il est fréquent de croiser dans presque tous les couloirs des policiers municipaux illettrés, qui savent à peine faire la différence entre facture et reçu, le népotisme aidant.
Pourtant, il existe une direction de la police municipale au sein de la commune centrale qui regorge de policiers municipaux dûment formés et qualifiés. Sur le terrain, il n’est pas du tout difficile de les distinguer des autres ramassis des arrondissements. Ils exercent de manière professionnelle et efficace.
En raison de manquements flagrants dans le recrutement de ces agents, le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation a fait sortir une circulaire en date du 2 mars pour sonner la fin de la récréation en voulant mettre fin à ces chevauchements des compétences entre les maires d’arrondissement et la mairie centrale. Il a convoqué en l’occurrence la loi nᵒ 22/CNT/2024 portant statut particulier de la ville de N’Djaména qui régit la gestion institutionnelle et administrative de cette commune. De ce fait, une instruction ferme a été donnée aux différents maires des 10 arrondissements de la ville de N’Djaména d’abroger tous les actes nommant les policiers municipaux dans leurs circonscriptions respectives, car l’organisation, l’administration et la gestion de la police municipale relèvent de la compétence exclusive de la commune de la ville de N’Djaména, conformément aux dispositions légales et réglementaires en vigueur.
« Il est strictement interdit de procéder au recrutement de bénévoles ou de toute autre personne en dehors des procédures légales d’accès au corps de la police municipale. Tout recrutement irrégulier engage la responsabilité personnelle de son auteur. » peut-on lire dans la circulaire que notre rédaction a consultée.
Selon nos informations, depuis la publication de cette circulaire, seulement un maire sur 10 a opté pour la décision du ministère de l’Administration du territoire. Les autres ont préféré engager un bras de fer avec la tutelle en procédant au recrutement encore plus flagrant que précédemment décrié.
Notre rédaction reviendra sur cette dérive commune par commune.
Par Nathaniel MOUNONE

