La macabre nouvelle du départ ad patres du penseur de la complexité, Edgar Morin, ce samedi 30 mai 2026 à l’âge de 104 ans, relève de la grammaire normative de la vie, celle qui se structure autour de conatus et de thanatos .
Penseur encyclopédique dont le style derridien emprunté n’a fait l’impasse sur aucune mutilation du réel, Edgar Morin fut un auteur prolifique. Son livre « La Méthode » organisé en six tomes est un dispositif architectonique pour penser tour à tour la nature, la vie, la connaissance, l’humanité et l’éthique. Cette pensée est en soi une écologie du savoir.
Bien qu’il soit un chevalier de la méthode, il répudie aussi bien le cartésianisme méthodologique que le scientisme paralysant parce que la pensée moderne, selon lui, pèche par son « paradigme de disjonction/réduction/unidimensionnalisation ». En sonnant le tocsin de la complexité par son hyper-positivisme, la modernité pèche dangereusement par son incapacité à « concevoir la conjonction de l’un et du multiple (unitas multiplex) ». Cette tendance à la mutilation du savoir sombre fatalement dans la « pathologie du savoir » que Morin appelle « l’intelligence aveugle ».
Au « paradigme de la simplification » dont l’obscurantisme crétinisant est la profession de foi, Morin substitue la sociologie de la complexité, celle de la « distinction/conjonction qui permette de distinguer sans disjoindre, d’associer sans identifier ou réduire. Ce paradigme comporterait un principe dialogique et translogique, qui intégrerait la logique classique tout en tenant compte de ses limites de facto (problèmes de contradictions) et de jure (limites du formalisme). Il porterait en lui le principe de l’Unitas multiplex, qui échappe à l’Unité abstraite du haut (holisme) et du bas (réductionnisme) » (Introduction à la pensée complexe, p. 20).
Cette sociologie de la complexité, socle de sa philosophie interdisciplinaire, s’organise autour de trois principes cardinaux : le principe dialogigue, le principe de recursion organisationnelle et le principe hologrammatique. En immortalisant son nom par son oeuvre dans le marbre de l’histoire, Edgar Morin échappe aussi bien à la conjugaison de son nom au passé simple de l’indicatif qu’à l’impératif de l’oubli. Son nom devient le verbe de l’éternité intellectuelle. Que ton âme repose en paix!
Par Ram’s Djague

