Société : En Afrique, être chauve peut signifier beaucoup de choses..

Dans la société africaine, le manque de cheveux ne s’observe pas : il se décrypte. Car selon la taille de votre portefeuille et votre position dans la société, la même absence de cheveux ne raconte absolument pas la même histoire.

D’un côté, il y a la calvitie des « grands types », des notables et des cadres. Portée avec assurance, associée à une barbe taillée au millimètre et un costume bien ajusté, la boule à zéro devient un attribut de pouvoir. Elle évoque la maturité, la sagesse de l’aîné ou l’élégance épurée du patron qui réussit. C’est un choix stylistique affirmé, entretenu à coups de passages réguliers chez le coiffeur et de soins hydratants. Ici, le crâne lisse brille du reflet de la réussite.

De l’autre côté de l’échiquier social, la réalité est tout autre. Chez le jeune diplômé en quête d’emploi, le débrouillard du secteur informel ou le citadin qui tire le diable par la queue, la calvitie précoce est immédiatement frappée d’un tout autre sceau : celui de la « galère ». Dans le langage imagé de la rue, perdre ses cheveux trop tôt équivaut à porter sur la tête le poids de ses soucis financiers. « Les réflexions ont fini ses cheveux », s’amuse-t-on souvent à répéter dans les maquis ou au coin de la rue.

Un crâne mal rasé ou délaissé devient le symbole visuel du stress quotidien, des nuits sans sommeil et des fins de mois difficiles.
En réalité, le cheveu ou son absence fonctionne comme un impitoyable filtre de classe. Le crâne rasé n’est neutre pour personne : il est soit un luxe esthétique soigneusement entretenu, soit la marque visible des épreuves de la vie. Une preuve de plus que dans nos sociétés, le regard des autres ne s’arrête jamais à l’apparence physique, mais cherche toujours à deviner l’homme qui se cache en dessous.

Par Nathaniel MOUNONE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!