Que le pouvoir nigérien balaie devant sa propre porte

Une vidéo qui a circulé partout et en boucle dans les États de l’AES telle une prostituée. Elle aura duré exactement 6 mn et 5 s. Un officier nigérien parle, pitoyablement. Un certain Robert Gabriel. Il pointe du doigt le Tchad et souffre de racoler visiblement des tissus d’accusations.

Le Tchad. La France. Le Bénin. La Côte d’Ivoire. La Belgique. Dubaï. La liste est longue. Trop longue, en diplomatie. Quelle outrecuidance pour Gabriel, l’officier par qui tous les appels passent. Le seul Nigérien que le monde entier appelle. Français, Tchadiens, Béninois, Ivoiriens, Belges, etc. Pourtant, il est inconnu, cet officier. Un parachutiste. Un agent jetable.

En effet, pour justifier le putsch manqué du 29 août à Niamey, le pouvoir du Général Tiani, que nous refusons d’appeler « junte » par respect et politesse, cherche des coupables partout. Comme si les putschistes étaient sans identité. Comme si les États, accusés pompeusement, avaient du temps à perdre dans une crise interne. Mais, bon an mal an, les preuves, elles, restent invisibles. De simples coups de téléphone mentionnés. Aucune trace. Aucun fait lourd.

L’accusation contre N’Djamena est grave. Mais surtout, elle est absurde et ridicule.

Le Tchad et les Tchadiens cultivent de bonnes valeurs.  Ils connaissent la vertu de la paix. Ils sont très occupés sur le processus de développement engagé et non du complot. Halte à la diversion de mauvais goût. Le Tchad n’a aucun intérêt à voir le Niger brûler. Aucun. D’ailleurs, les deux nations partagent une histoire profonde. Le Niger doit le savoir, sauf hypocrisie. Une géographie vitale. Des peuples frères. Une forte colonie tchadienne vit au Niger. L’inverse est tout aussi vrai. Déstabiliser Niamey, ce serait pour le Tchad se tirer une balle dans le pied. Vrai. Sinon, pour quel intérêt ?

Il est évident que les choix diplomatiques diffèrent. Le Niger a coupé les ponts avec Paris et « serré » avec Moscou. Le Tchad maintient ses alliances comme il le fait avec tous les États qui le respectent. C’est un choix. Jamais une imposition. Pourtant la politique étrangère ne fait pas le complot.

La proximité de N’Djamena avec ses partenaires ne transforme pas l’armée tchadienne en conspiratrice. Non ! C’est porter atteinte à l’honneur de cette armée vaillante. C’est autant provoquer le Tchad.

Oui, la réalité est beaucoup plus simple. Elle est amère pour le général Tiani, peut-être. Mais il doit avoir les épaules larges pour l’accepter.

La mutinerie du 29 août est une crise purement nigéro-nigérienne. C’est entre eux, les Nigériens. C’est là-bas et non ailleurs, surtout pas chez nous, au Tchad. Ce sont des soldats nigériens qui se sont levés. Ce sont des armes nigériennes qui ont retenti. Le malaise vient donc de l’intérieur de l’armée. Pas des frontières voisines, pas de la CEDEAO, pas de l’Occident. Aucune nationalité étrangère n’a figuré parmi les putschistes du 29 août. Aucune arme étrangère n’a été découverte au Niger. Rien de concret, sauf fiction. Le Tchad n’est pas à tourner un film. Il n’acceptera jamais de jouer ce jeu d’acteur lâche. Car les accusations sont la seule arme des lâches.

Le général Abdourahamane Tiani ne peut pas régler ses problèmes par la fiction. Ce sera une mauvaise entreprise. Inventer un ennemi extérieur ne ramènera pas la stabilité à Niamey. Chercher des boucs émissaires est une stratégie facile. Mais elle est dangereuse. Un pari hautement risqué. Il doit changer des conseillers. Des conseillers avisés sur l’histoire, la géographie, la politique, la diplomatie et surtout l’humanité. Le bon sens peut quitter Tiani, mais pas tous les Nigériens quand même !

Quant au président Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, il reste droit dans ses bottes. Imperturbable. Concentré. Serein. Fier de lui-même et du peuple tchadien, vaillant et pacifique. Le Tchad a toujours été une force de paix et de stabilisation dans le Sahel. C’est une vérité populaire. Elle ne se cachera pas, alors jamais par des accusations sans tête ni queue. Son armée a versé son sang pour la sécurité de toute la sous-région. Pas pour fomenter des coups d’État chez ses voisins. Gloire et honneur lui soient rendus.

Niamey doit donc regarder la vérité en face. La crise est chez elle. La solution est chez elle. Le Tchad n’a rien à voir dans ce naufrage. C’est fatidique pour le Niger, certes. Le Tchad compatit mais refuse toute accusation.

À bon entendeur, salut.

Par Nathaniel MOUNONE

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