Le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat, a tenu une réunion le 4 juin 2026 avec les responsables des deux grands opérateurs de téléphonie opérant au Tchad, à savoir Airtel Tchad et Moov Africa Tchad. Ce qui était censé être une réunion de prise de contact avait plutôt acté la rupture de patience du gouvernement.
Le ministre a piqué une colère bleue devant les prestations jugées macabres de ces opérateurs qui « forment un véritable duopole pour se faire de l’argent sur le dos des Tchadiens », comme a affirmé Mahamat Barh Béchir, observateur politique. Cette sortie médiatique fracassante de Choua Haliki Mahamat, caractérisée par une menace directe de limogeage des dirigeants locaux, ne relève pas de la simple posture politique mais constitue l’expression d’un ras-le-bol populaire après des décennies d’offres médiocres de ces opérateurs alliés : internet excessivement cher et instable ; appels téléphoniques perturbés et un service client défaillant.
L’alibi énergétique tel que brandi par ces opérateurs ne justifie en rien cette piètre qualité des signaux et les coupures intempestives d’internet. Sinon pourquoi n’avaient-ils pas développé l’énergie solaire, ne serait-ce que pour alimenter leurs pylônes alors qu’ils en ont les moyens ?
Tant mieux pour eux car l’analyse des faits montre que jusqu’ici, ces multinationales ont bénéficié d’une forme d’inertie et des « consommateurs non exigeants ». Bien qu’elles opèrent sur un marché tchadien très rentable, le cadre contraignant a manqué de fermeté. Sinon « qu’est-ce qui empêcherait l’État tchadien de leur retirer leurs licences ? » s’interroge Mahamat Barh Béchir. L’État a intérêt à refermer ce « boulevard juridique » pour imposer un rapport de force en faveur des usagers.
Mais pourquoi pas accompagner les prestataires locaux ?
C’est le point saillant de la grille de lecture socio-économique du pays, presque un angle mort du débat. Pendant que l’État s’épuise à discipliner des géants extérieurs, des acteurs nationaux performants subissent un déficit d’attention. Ils ne sont pas véritablement accompagnés et se tuent à offrir des services fiables en dépit de leurs moyens limités. Cet abandon systématique renforce la position de ces deux grands géants dans leur mauvaise prestation. La concurrence locale n’est pas stimulée. Des mains invisibles de certains Tchadiens aident au contraire ces multinationales à étouffer les entreprises de téléphonie locales, parfois à cause d’une simple haine ».
Des entreprises locales telles que Il-net Group, Al-bidey Group ou Sahel Group, etc. (loin l’intention de faire de la publicité) représentent pourtant une alternative crédible. Elles disposent d’une agilité technique et d’une volonté réelle de satisfaire le client tchadien, mais sont freinées, malheureusement, par une asymétrie des moyens financiers et un manque d’accès équitable aux infrastructures structurantes de l’État.
« La question de la télécommunication est une question de souveraineté. L’État devait être aussi sur ce créneau. Nous avons des opérateurs privés tchadiens qui peuvent aussi faire ce travail. Il faut permettre à ces opérateurs de venir booster. « Il faut ouvrir le marché », préconise également Mahamat Barh Béchir.
Il y a une nécessité extrême pour le gouvernement tchadien d’octroyer un appui institutionnel (facilités fiscales, accès prioritaire à la commande publique, baisse des coûts de location de la bande passante) à ces PME locales afin de créer une troisième voie et de briser le duopole actuel.

